Archives par catégorie : Cognition

Vision aveugle

  Un thème un peu différent de ce que vous voyez habituellement : celui de la cognition en général, et de l’articulation conscience/cerveau en particulier. Il s’y passe beaucoup de choses intéressantes, et surtout, il reste encore beaucoup de choses à y découvrir… Une des manières d’en savoir plus est d’étudier les cas spécifiques, c’est-à-dire les personnes qui présentent une combinaison de traits qui est rare, et dont la simple étude apporte déjà beaucoup. Un de ces pathologies est la vision aveugle, objet de ce papier.

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L’hygiène du Boucher – Tchouang Tseu

J’en parlais suite au papier intitulé « Mémoire antiques ». Selon l’interprétation, on peut lier cela à une mémoire pratique (procédurale), ou à d’autres choses.

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  Le cuisinier Ting était en train de dépecer un bœuf pour le prince Wen-houei. Wouah ! il empoignait de la main l’animal, le retenait de l’épaule et, les jambes arc-boutées, l’immobilisait du genou. Wooh ! le couteau frappait en cadence comme s’il eût accompagné la grande pantomime rituelle de la Forêt des mûriers ou l’hymne solennel de la Tête de lynx.

 

- Admirable ! s’exclama le prince en contemplant ce spectacle, je n’aurais jamais cru que l’on pût atteindre pareille virtuosité !

 

- Vous savez, ce qui m’intéresse, ce n’est pas tant l’habileté technique que l’être intime des choses. Lorsque j’ai commencé à exercer j’avais tout le bœuf devant moi. Trois ans plus tard, je ne percevais plus que les éléments essentiels, désormais j’en ai une appréhension intuitive et non pas visuelle. Mes sens n’interviennent plus. L’esprit agit comme il l’entend et suit de lui-même les linéaments du bœuf. Lorsque ma lame tranche et sépare, elle suit les fentes et les interstices qui se présentent, ne touchant ni aux veines ni aux tendons, ni à l’enveloppe des os ni bien entendu à l’os lui-même.

  Les bons cuisiniers doivent changer de couteau chaque année parce qu’ils taillent dans la chair. Le commun des cuisiniers en change tous les mois parce qu’il charcute au petit bonheur. Moi, après dix-neuf ans de bons et loyaux services, mon couteau est comme neuf. Je sais déceler les interstices et, le fil de ma  lame n’ayant pratiquement pas d’épaisseur, j’y trouve l’espace suffisant pour la faire évoluer. Quand je rencontre une articulation, je repère l’endroit difficile, je le fixe du regard et, précautionneusement, je découpe. Sous l’action délicate de la lame, les parties se séparent avec un bruissement léger comme de la terre qu’on déposerait sur le sol. Mon couteau à la main,  je me redresse, je regarde autour de moi, amusé et satisfait. Après avoir nettoyé la lame, je la remets au fourreau.

 

- Merveilleux ! s’écria le prince, je viens enfin de saisir l’art de nourrir sa vie !

 

 

Source : Tchouang Tseu, Les Œuvres de Maître Tchouang, Traduction de Jean Lévi, Ed. de l’Encyclopédie des Nuisances (2006)

Dissonance cognitive, information, pouvoirs

Certain Renard gascon, d’autres disent normand,
Mourant presque de faim, vit au haut  d’une treille
Des raisins mûrs apparemment ,
Et couverts d’une peau vermeille.
Le Galand en eut fait volontiers un repas ;
Mais comme il n’y pouvait point atteindre :
Ils sont trop verts, dit-il, et bons pour des goujats.
Fit-il pas mieux que de se plaindre?

 

  Une bonne introduction, je trouve, au concept de dissonance cognitive et à la manière dont on la surmonte. Ici, la dissonance a lieu lorsque notre Renard ne peut obtenir ce qu’il souhaite. De manière générale, on parlera de dissonance cognitive lorsqu’une personne se trouve face à deux visions du monde incompatibles entre elles : « je veux manger ce raisin » et « je ne peux pas le manger ».

 

  C’est un phénomène très intéressant en soi, mais plus intéressante encore est la manière dont il est traité, et résolu. Il s’avère que la situation est si peu confortable qu’elle ne dure pas, et que l’on fait – inconsciemment ou pas – en sorte que la contradiction disparaisse. On change d’avis, on prétend que le paradoxe ne s’est jamais posé… La liste est longue. Ainsi, Renard n’aura vu, finalement, que des raisins trop verts.

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Connaissance

  On va parler de quelques choses qui peuvent sembler triviales, aujourd’hui. Mais comme souvent, il s’agit de dégrossir la chose, et ça me permettra de prolonger ensuite. Connaissance, donc. Vaste programme !

 

  Partons de la question suivante : quand peut-on dire que l’on connaît quelque chose ? On utilisera l’exemple « Je sais que la maison de Jean est à la montagne » pour illustrer ce qui suit.

 

  D’un point de vue abstrait et théorique, on peut dire que la connaissance de quelque chose se décompose ne ensemble de faits et de règles. C’est probablement beaucoup plus complexe dans le domaine des sciences cognitives, c’est pour cela que je parle seulement de la théorie – ou plutôt, d’une théorie. Dans notre exemple, le fait est que Jean possède une maison à la montagne, les règles portent sur les implication de la phrase (il l’a acheté, on la lui a donnée, il la loue…)

 

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Mémoires antiques

  Aujourd’hui, je vais vous parler de la technique de mémorisation par les lieux utilisée par les orateurs antiques, afin de retenir de longs discours ou argumentations. L’idée m’est venue, quand j’ai pensé au mode de transmission de l’Illiade et de l’Odyssée d’Homère. Une quantité énorme d’information, transmise d’abord et surtout par voie orale : comment les conteurs, et Homère lui-même, pouvaient-ils bien tout restituer fidèlement d’une fois sur l’autre ?

 

  La technique ici exposée n’est pas la seule réponse, mais c’est une méthode qui est devenue courante dans l’Antiquité, puis classique durant le moyen-âge. Plutôt que de vous en parler moi-même, j’ai sollicité deux intervenants qui abordent très bien leur sujet : Cicéron et Quintilien. Leurs œuvres se complètent, et dressent un tableau assez précis de l’état de la chose dans l’Antiquité.

 

  N’oubliez pas cependant, que en tant qu’antiques, il avaient des préoccupations totalement autres par rapport à nous. Ainsi, leurs écrits sont destinés aux aspirants orateurs qui leurs sont contemporains. Je vous laisse maintenant avec eux :-)

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Des représentations

  Représentation est un bien étrange mot, qui signifie un peu tout ce que l’on veut en faire : modèle, image, illusion… Ce dont je vais essayer, avec mes petits mots et mes petits doigts, de vous parler ;-)

 

  Qu’est-ce-que c’est ? Bien sûr, il y a beaucoup de définitions. Presque autant que de contextes… Celle sur laquelle je m’attarderai est : « une image mentale d’un objet » , étant donné que objet peut être aussi bien abstrait (idées, concepts) que concret (faits, objets réels…). Je ne sais absolument pas comment d’autres personnes ont abordé le concept… J’imagine qu’un certain nombre de philosophes l’ont fait, en leur temps.

 

  Dans l’absolu, il me semble que presque tout ce que nous percevons relève, en ce sens, de la représentation. Ceci, puisque passé la prime enfance, nous interprétons ce que nous percevons : ce n’est pas un mélange étrange de couleurs, mais ce sont plusieurs objets différents posés sur un bureau. Ce n’est pas une sensation au bout des doigts, mais une surface râpeuse. Par exemple.

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Solidarités

  Solidarité est un mot récurrent de nos jours. Un reflet de l’époque probablement, de la même manière des mots comme social, crise et d’autres ne faisaient pas partie du vocabulaire courant il y a quelques décennies. Et comme eux, on peut lui beaucoup de sens différents.

 

  Les récupérations et usages politiques sont multiples : la solidarité de l’entre-soi, la solidarité avec tous, avec des restrictions… Il suffit de consulter régulièrement ceux qu’on regroupe en tant que média – un autre mot-valise – pour en avoir un aperçu conséquent.

 

  Ce qui est davantage intéressant, car moins soulevé, est la notion de particularisme dans ce grand concept qu’est « solidarité ». Plus simplement : comment vous, individus, percevez et mettez en œuvre votre vision de la solidarité ?

 

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Apprentissage

  C’est un phénomène extrêmement intéressant, car extrêmement complexe. En effet, si on se pose brutalement la question de « comment apprends-t-on », les chances de trouver une réponse satisfaisante sont plutôt faibles. Il suffit de voir les domaines d’applications, et les différents moyens pour apprendre quelque chose, pour saisir l’étendue du problème.

  C’est pour cela qu’ici je vais m’intéresser aux prémices uniquement, c’est-à-dire à l’apprentissage de bas niveau. Ce terme signifie simplement basique, on pourra aussi parler d’apprentissage immédiat : c’est celui qui s’effectue par l’expérience, et le renforcement, sans qu’il y ait derrière un processus de réflexion complexe.

 

  Pour commencer, on peut s’intéresser à la notion de renforcement. C’est ce qui récompense ou punit un individu, selon ce qu’il fait, afin de lui apprendre certains comportements, certaines réactions. D’où découlent les notions de renforcement positif (récompense) et de renforcement négatif (punition), qui sont plus répandues.

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Volonté consciente

  Quand on s’intéresse au concept de la volonté consciente, la problématique peut être la suivante : causons-nous consciemment nos actions, ou bien nous actions nous arrivent-elles ? Cette question a opposé les tenants de la libre volonté et les déterministes depuis qu’il y a des philosophes pour jouer l’un ou l’autre rôle. Ce n’est pourtant pas une question purement abstraite : les progrès scientifiques en neurosciences et en sciences cognitives peuvent apporter une partie de la réponse.

 

  Alors vous pourriez vous demander « À quoi bon cette question ? Je fais ce que je veux, puisque je sais que je le veux. » Et c’est là toute la subtilité des sciences cognitives : comment peut-on être sûr que ce que l’on sait et ce que l’on sent est vrai ? Ça ne fait pas une preuve, ni scientifique ni philosophique : par nature raisonner sur nous-même n’est pas évident. Ce qu’on peut dire avec certitude néanmoins, c’est qu’il n’y a pas de déterminisme global – c’est-à-dire qu’il n’est pas possible, en connaissant tout, de prédire tout.

 

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Chambre chinoise

  Je vous en parlais il y a quelques mois. L’article en question n’étant plus, je le reproduis ici, et j’en profite pour élaborer un peu le raisonnement.

  Pour commencer, le principe : une personne, enfermée dans une pièce (la chambre), ne peut communiquer avec l’extérieur qu’à l’aide de symboles (chinois, d’après le nom) qu’il ne comprends pas. Pour répondre à une série de symboles, il utilise une table de données qui établit la correspondance entre ce qu’on lui adresse et ce qu’il doit retourner. La personne ne comprends pas le chinois mais établit seulement une correspondance graphique entre des gribouillages. L’idée est que, si le système fonctionne correctement, de l’extérieur on croira avoir affaire à quelqu’un qui parle chinois.

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