Archives par catégorie : Philosophie

La communauté selon Proudhon

  Je n’ai pas la possibilité de vous écrire quelque chose de complet. Néanmoins, pour ne pas vous laisser dans la plus grande affliction, je vous copie ici un extrait de la Théorie de la propriété de Proudhon.

 

  « En deux mots, il n’y a d’autorité légitime que celle qui est librement subie, comme il n’y a e communauté utile et juste que celle à laquelle l’individu donne son consentement. Ceci posé, nous n’avons plus qu’un chose à faire : c’est de rechercher pour quelles causes l’individu peut retirer son consentement à la communauté.

 

  L’homme est doué d’intelligence ; il a de plus une conscience, qui lui fait discerner le bien du mal ; il possède enfin le libre arbitre. Ces trois facultés de l’âme humaine, l’intelligence, la conscience, la liberté, ne sont pas des vices, des déformations causées à notre âme par l’esprit du mal : c’est par elles, au contraire, que, selon la religion, nous ressemblons à Dieu ; et c’est à elles que la communauté ou autorité publique fait appel, quand elle nous intime ses décrets, distribue ses justices et châtiments. La responsabilité que la loi nous impose est le corollaire de notre libre arbitre.

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L’hygiène du Boucher – Tchouang Tseu

J’en parlais suite au papier intitulé « Mémoire antiques ». Selon l’interprétation, on peut lier cela à une mémoire pratique (procédurale), ou à d’autres choses.

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  Le cuisinier Ting était en train de dépecer un bœuf pour le prince Wen-houei. Wouah ! il empoignait de la main l’animal, le retenait de l’épaule et, les jambes arc-boutées, l’immobilisait du genou. Wooh ! le couteau frappait en cadence comme s’il eût accompagné la grande pantomime rituelle de la Forêt des mûriers ou l’hymne solennel de la Tête de lynx.

 

- Admirable ! s’exclama le prince en contemplant ce spectacle, je n’aurais jamais cru que l’on pût atteindre pareille virtuosité !

 

- Vous savez, ce qui m’intéresse, ce n’est pas tant l’habileté technique que l’être intime des choses. Lorsque j’ai commencé à exercer j’avais tout le bœuf devant moi. Trois ans plus tard, je ne percevais plus que les éléments essentiels, désormais j’en ai une appréhension intuitive et non pas visuelle. Mes sens n’interviennent plus. L’esprit agit comme il l’entend et suit de lui-même les linéaments du bœuf. Lorsque ma lame tranche et sépare, elle suit les fentes et les interstices qui se présentent, ne touchant ni aux veines ni aux tendons, ni à l’enveloppe des os ni bien entendu à l’os lui-même.

  Les bons cuisiniers doivent changer de couteau chaque année parce qu’ils taillent dans la chair. Le commun des cuisiniers en change tous les mois parce qu’il charcute au petit bonheur. Moi, après dix-neuf ans de bons et loyaux services, mon couteau est comme neuf. Je sais déceler les interstices et, le fil de ma  lame n’ayant pratiquement pas d’épaisseur, j’y trouve l’espace suffisant pour la faire évoluer. Quand je rencontre une articulation, je repère l’endroit difficile, je le fixe du regard et, précautionneusement, je découpe. Sous l’action délicate de la lame, les parties se séparent avec un bruissement léger comme de la terre qu’on déposerait sur le sol. Mon couteau à la main,  je me redresse, je regarde autour de moi, amusé et satisfait. Après avoir nettoyé la lame, je la remets au fourreau.

 

- Merveilleux ! s’écria le prince, je viens enfin de saisir l’art de nourrir sa vie !

 

 

Source : Tchouang Tseu, Les Œuvres de Maître Tchouang, Traduction de Jean Lévi, Ed. de l’Encyclopédie des Nuisances (2006)

Épictète – entretiens

  Alors que nous pouvons nous attacher à un seul objet et nous en occuper, nous préférons nous appliquer et nous lier à une multitude de choses : notre corps, notre fortune, notre frère, notre ami, notre enfant, notre esclave.

Ce sont autant de chaînes qui par leur poids nous entraînent au fond.

  C’est pourquoi, lorsque nous ne pouvons mettre la voile, nous nous asseyons, crispés, à nous demander sans cesse en nous penchant : « Quel vent souffle en ce moment ? - Borée. – Nous n’avons que faire de lui ! Quand est-ce que le Zéphyr va se lever ? – Selon son bon vouloir, mon ami, ou selon la volonté d’Éole. Car c’est lui, non toi, que Zeus a nommé maître des vents. »

  Mais alors, que faut-il faire ? Me dis-tu. – Nous devons faire au mieux avec ce qui dépends de nous, et prendre le reste comme il vient.

 Entretiens, livre I, Épictète (50 – 125/130)

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Conseil

« Telle était la détresse de cet homme,
que je ne pouvais pas faire moins », dit Tom,
« que lui donner bon conseil. » Jim répondit:
« Si moins aurait pu être fait pour lui,
Mon fils, je te connais assez,
pour savoir que c’est ce que tu aurais fait ».

 

 

Ambrose Bierce, The Devil’s Dictionary (1911)

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