Archives par catégorie : Leviers du pouvoir

Leviers du pouvoir : obéissance et autorégulation

  Bien. Supposons donc que vous ayez réussi à vous maintenir à court terme, en manipulant les deux outils dont je vous ai déjà parlé. Des tensions sont peut-être apparues. Ce qui est normal ! Ils n’ont pas vocation à durer, seulement à résoudre des situations à courtes échéances. Vous ne pouvez pas les apeurer ni les glorifier éternellement, le mélange n’est pas très stable.

 

  Intéressons-nous donc aux moyen et long termes. Supposons pour cela, que vous ayez à votre disposition – c’est à dire, à vos ordres – un État déjà organisé. Ce sera probablement le travail de vos prédécesseurs, et il est essentiel pour vous de le maintenir. En effet, ces mêmes prédécesseurs devaient également se faire obéir ! N’hésitez donc pas à conserver leurs outils de travail. Quitte à les modifier subtilement si besoin.

 

  Je m’explique : un État, c’est déjà une formidable bureaucratie. Cette bureaucratie dépends peu du pouvoir en place : son rôle est de faire tourner la machine. Entrées et sorties d’argent, infrastructures et biens publics, etc. Ce sont souvent les premiers interlocuteurs des citoyens. Il convient donc de les ménager : hausse de salaires, embauches, facilités immobilières, que sais-je.

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Leviers du pouvoir : orgueil, crainte

Cet article a été publié initialement sur reflets.info . Il reprends, sous une autre forme, les idées brassées ici et .

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  Vous êtes au pouvoir. Peu importe comment, supposons simplement que vous vouliez y rester, ce qui est naturel. La question qui se pose alors à vous est comment y rester. C’est-à-dire, comment étendre et asseoir votre emprise sur vos concitoyens.

 

  Commençons par raisonner à court terme : inutile de penser à conserver votre place pendant une décennie, si vous êtes incapable d’y tenir un an. Pour ce faire, deux leviers, d’utilisation délicate certes, mais diablement efficace.

 

  La particularité de l’orgueil et de la crainte est qu’ils sont ressentis par chacun, mais commun à tous. Nul n’en est dépourvu, c’est pourquoi si vous voulez agir sur la masse c’est par là qu’il faut commencer. Jouer sur les motivations individuelles d’un point de vue global est la clé.

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La déresponsabilisation

  C’est un concept tellement commun, tellement omniprésent, qu’on y fait de moins en moins attention. Comme beaucoup d’autres choses d’ailleurs : si tous changent d’avis, de comportement à propos d’un sujet, l’évolution est moins perceptible.

 

  Commençons par les faits. Quand je parle de déresponsabilisation dans notre société, c’est quelque chose de quantifié que j’évoque : on n’est pas totalement dénué de toute responsabilité, n’est-ce pas ? Car nous vivons dans ce qui ressemble encore à un état de droit, où notre responsabilité en tant qu’individus est clairement définie dans un appareil législatif plutôt complet – et complexe.

  Néanmoins, ici c’est l’aspect individuel qui est régi et codifié. Même les groupes se voient considéré comme des individus : on parle de « personne morale », ce qui ne rends justement pas compte du caractère « groupe » de la chose.

  Justement, on s’accorde souvent à dire que la société telle que nous la vivons et la percevons – c’est-à-dire occidentale et capitaliste, sinon vous ne liriez pas ceci – tends vers de plus en plus d’individualisme. L’appareil législatif suit donc, avec le retard qui est le sien, mais il suit néanmoins.

 

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Crainte et orgueil (2/2)

  En relisant mon billet précédent, je me suis rendu compte qu’il y manquait pas mal de choses. Je vais donc continuer ici d’énumérer quelques situations où orgueil et crainte sont, à mes yeux, moteurs.

  Pour commencer, la situation actuelle en Grèce. Nous avons l’Union Européenne qui essaie d’imposer au pays des coupes drastiques dans ses comptes ainsi qu’une restructuration de tout leur système administratif. Ceci dans l’objectif de « redresser la situation ». Comment faire accepter ceci par le peuple grec ? Par le citoyen lambda qui n’a, somme toute, pas grand-chose à voir avec la situation de son pays ? La crainte et la peur restent les meilleurs alliés des politiques : « si vous n’acceptez pas tout ceci, ça sera le chaos ». Si le peuple ne consent pas aux sacrifices qu’ont refusé de faire ses dirigeants, on lui promet l’Armageddon économique et social. Néanmoins ici, si la crainte reste l’argument (et le moteur) des politique, l’orgueil devient celui du peuple et de la « Grèce d’en bas ». Conséquence logique : opposition, manifestations, puis émeutes et incendies.

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Crainte et orgueil (1/2)

  Un peu de philosophie aujourd’hui. L’actualité… eh bien, n’a pas grand-chose de réjouissant, disons. Non pas que la philosophie dont je vais parler le soit beaucoup plus : Machiavel aura son mot à dire. Celui-là même qui a pour la première fois, écrit, parlé et raisonné sur les leviers du pouvoirs. En particulier des pouvoirs qu’un prince exerçait sur son peuple. Ce qui a également démystifié l’image du « souverain de droit divin » alors en vogue. Et donc, en posant ses idées et théories sur le pouvoir, il a isolé – vous l’aurez compris – deux éléments majeurs : l’orgueil et la crainte.

  Ces caractéristiques sont particulières à chacun, mais sont communes à tous : ce que Machiavel explique dans ses œuvres (entre autres), c’est comment jouer sur les motivations individuelles d’un point de vue global.

  On le considère généralement comme l’inventeur de la politique moderne. Et tout ce qu’il a pu dire et écrire, il y a de cela quelques siècles, reste bien souvent valable¹. Voyez plutôt :

  L’exemple le plus courant est celui de la guerre. On en reparle à propos d’Israël et de l’Iran, le principe était le même qu’avec les U.S.A. en  Afghanistan. Dans les deux cas, il s’agit d’un peuple qui, se sentant menacé, désire frapper le premier afin d’éradiquer son ennemi. Crainte, orgueil. Ce n’est certes pas l’exacte réalité : c’est plutôt ce qu’aimeraient faire percevoir les différents groupes pro-guerre. L’opinion générale est assez malléable pour rendre les politiques eux-mêmes malléables (sans parler des autres « incitations »).

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L’expérience de Milgram

  Relativement connue, c’est une expérience qui a été menée par le psychologue Stanley Milgram en 1963, qui a mis en lumière différents mécanismes de pensée concernant la responsabilité personnelle.

  Commençons par décrire cette expérience. Il s’agissait de faire croire au sujet qu’il participait à une expérience, mais qu’il n’en était pas le cobaye. Cette prétendue expérience consistait à envoyer des électrochocs à un faux sujet pour « tester ses capacités d’apprentissages » lorsqu’il donnait une réponse incorrecte. Ce faut sujet était en fait un acteur, qui simulait une douleur de plus en plus intense. Il y avait donc d’un côté de la vitre le faux patient, et de l’autre le sujet réel, accompagné d’un  faux scientifique qui incitait le sujet à augmenter progressivement l’intensité des chocs.

  Cette personne a un rôle fondamental, puisqu’elle représente l’autorité : c’est elle qui donne l’ordre d’appuyer sur le bouton, c’est elle, qui insiste (continuez monsieur s’il vous plait, etc) quand le sujet hésitait (à quatre reprises maximum), et c’est elle encore qui déclarait assumer la responsabilité de l’expérience entière, y compris les dommages infligés au patient.

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