Centrafrique

 

  De retour derrière le clavier, je vais petit à petit reprendre les publications habituelles. Je vous expliquerai un peu ce qu’il s’est passé dans un autre post.

 

  Le sujet du jour, donc, sera la Centrafrique. Ce petit pays isolé de tout, dont on s’est subitement rappelé l’existence ces dernières semaines. Vous situez sûrement où cela se trouve, je me permet d’agrémenter avec une statistique toute simple :

 

 

  Il s’agit juste du nombre de visites sur la page wikipédia concernée. Qui ont à vue d’œil pentadécuplée en quelques jours. Rien que de très normal, donc. Revenons au sujet : la Centrafrique et l’intervention de notre belle Nation des Droits de l’Homme en terre étrangère.

 

  Je ne sais pas si vous avez entendu l’intervention présidentielle du jour J. Elle m’a rappelé quelques autres discours de guerre pour ma part. Peut-être que nous pourrions l’ajouter à cette brochette et repasser le tout à la moulinette, pour voir ce qu’il en ressort. Je suis sûr qu’on y retrouvera les classique du genre.

 

  Bon, ce n’est pas non plus de l’éloquence présidentielle dont je voulais parler – décidément, je m’égare. Ce que je voulais soulever, c’est les enjeux de l’intervention du côté français. Pertes et bénéfices, dit-on dans le jargon.

 

  Vous saviez que Areva, fleuron de l’énergie française, était implanté dans la région ? Oh, rien de bien méchant, ils ont leurs antennes un peu partout de toute manière, c’est une multinationale, non ? Notez quand même que le pays est fortement doté en ressources inexploitées, notamment du côté des matières… rares. Pour ne pas dire, fissile. Vous savez, le genre de business à la fois exclusif et juteux que l’on peut entretenir avec un électricien national… Je ne parle pas d’installer un panneau solaire sur le toit.

 

  Autant dire que quand le pays sombre dans le chaos s’agite, il est de bon ton d’envoyer quelques avions et les troupes adéquates.

 

 

  D’ailleurs, en parlant d’avions, vous saviez qu’il s’agissait notamment de Rafale ? Mais si, ces avions que Dassault n’arrive pas à vendre ailleurs qu’en France. Rien à dire, cela fait une excellente opération de promotion à coût nul. Comme dans le cas de Mali, d’ailleurs. Il faudrait être fou furieux pour croire que l’opération n’a que cet objectif… Mais les bénéfices restent bien présents. Cela me rappelle un roman lu il y a quelques années, il peut vous intéresser.

 

  Bref. Le Rafale, ça reste la partie émergée, incarnation de l’industrie militaire du pays. Dassault n’est pas seul, je suis certain que les Thales et autre Safran se frottent les mains de pouvoir disposer d’une démonstration grandeur nature de leur matériel de pointe. Parce que bon, le salon Milipol c’est bien, mais c’est juste de l’exposition… Et puis c’est un peu fermé, quand même.

 

 

  Dernier point, niveau image : comme au Mali, on s’attend à voir la cote de popularité s’inverser remonter un peu. Du grand classique, rien de neuf de ce côté-là. Avec les termes bien choisis, l’intervention semble même légitime – après tout, c’est les Droits de l’Homme que nous allons défendre, pas vrai ?

 

  Je ne dis pas que l’intervention sera un mal, la population sera soulagée si l’intervention arrive à la débarrasser des milices. Par contre, il faut vous mettre en tête que jamais, jamais, JAMAIS un pays n’a effectué d’intervention militaire à but purement altruiste. C’est tout bonnement impossible, et tout à fait logique : imaginez que la France intervienne sans intérêt, sans publicité ? Allons, allons.

 

  La seule chose que j’espère, c’est que les centrafricains y trouveront aussi leur compte.

 

 

 

  PS : j’ai entendu parler, et parlé d’un « petit pays ». En fait la Centrafrique est aussi étendue que la France. Quand c’est le président qui le dit, il ne doit pas parler de superficie…

 

 

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7 réponses à Centrafrique

  1. Zipanu :

    On parle souvent des autres pays qui n’interviennent pas, mais peut-être y t-il alors un consensus mutuel tacite qui reconnait la présence principalement française et qui nous laisse nous débrouiller avec nos intérêts comme eux-même n’aimeraient pas être dérangés sur leur zone d’influence. Et le faire trop facilement peut-être perçu par les politiques comme un aveux de faiblesse, puisqu’on se prive ainsi d’aller légitimement titiller les autres pays sur le territoire de leurs vassaux.
    On peut faire le même genre de remarque sur le front uni des élus, remettre en cause une guerre serait un coup dur voir imparable contre un pouvoir en place, des petits bâtons dans les roues c’est permis, mais on n’arrête pas la caravane, ni on ne scie la branche sur laquelle on aimerait se poser, à moins de vouloir laisser du champ à d’autres inféodés.

    • Très juste !
      Dans le même principe que cette Doctrine Monroe qui donnait l’Amérique comme zone d’influence exclusive des USA.
      Et toutes les autres qui n’ont pas vraiment de nom. On n’est plus dans le vieux schéma Américains/Soviets, mais le principe de fond y ressemble beaucoup, oui : chacun chez soi, et les poules seront bien gardée. Sauf que le « chez soi » est assez extensif.

      (Tiens, à propos, j’ai appris il y a peu que le mot « soviet » vient d’un verbe en russe, qui veut dire « servir ». Bon à savoir ! )

      En tout cas c’est un beau bazar dès qu’on s’approche de la géopolitique… Mais en même temps c’est ce qui la rend intéressant.

    • Oh, tiens, ça me donne une idée : on pourrait représenter sur une carte, en mode infographie, les interventions/ingérences occidentales dans les affaires du monde…
      Je n’ai pas les compétences pour rendre la chose interactive ; mais je pense pouvoir trouver des choses sur la Toile…
      Bon, je garde ça au chaud.
      Intéressés, signalez-vous !

  2. arkorgs :

    Entre l’opération du Mali et en Centrafrique, tu crois que la France
    agit surtout pour ses intérêts économiques et ses entreprises ? N’agit-elle pas aussi pour protéger l’Etat, la population et les ressortissants français (ou est-ce seulement ce que l’on veut nous faire croire…) ?

    Je me demande à quel point l’intérêt en ressources naturelles est supérieur (ou pas) à celui de supporter l’Etat ? Et comme tu le dis, à quel point son action est-elle légitime ou pas ?

    J’ai pas une grande connaissance de l’histoire de la France avec l’Afrique mais par exemple quand je parle avec des Marocains et Algériens (bon je connais pas l’avis général, mais j’ai eu l’occasion de croiser pas mal de personnes d’Afrique du Nord), pour eux c’est _clair_et_net_ que la France est _uniquement_intéressée_ et j’ai du mal à les contredire.

    De même, suivant un Camerounais que j’ai rencontré, la France aurait ce pouvoir de changer (suivant son envie ??) les présidents d’états africains (ceux anciennement colonisés en Afrique Centrale). Je sais pas à quel point c’est vrai ou faux.

    • Zipanu :

      On finit par se le demander aussi.
      La communication politique c’est comme un mur, ça dit autant du mal de nous que de nos voisins.
      A quand un président qui tiendrait ce langage :
      « La stabilité en centrafrique est menacée, nous allons donc y envoyer des troupes pour protéger nos intérêts géostratégiques et économiques, et si cela est possible apporter un soutien à l’état et à la population. »

      Pourquoi pas ? Mais ce n’est peut-être plus un langage politique.

      En attendant nos soldats sont là-bas et sauvent des vies en risquant les leurs. S’il doit y avoir de la responsabilité, c’est surtout envers eux.

      • Exact, ils sont en première ligne et prennent les coups, j’espère qu’ils croient au fond à ce qu’ils font… Imaginez combattre, mais sans idée d’un quelconque but ? Mieux vaut en avoir, même s’il est mauvais…

        Quand à ton président hypothétique, on pourrait ramener ça à des intervention du type URSS dans les années glorieuses, par exemple. Et du coup, pour le pays des Droits de l’Homme (l’expression reste savoureuse) ça la fout mal d’intervenir égoïstement.

    • Hop hop hop, un peu de retard, mais je ne vous oublie pas.

      L’idée des présidents « à la carte » est intéressante, je me demande par contre à quel point on pourra jamais vérifier ça… Peut-être qu’il faut aller voir du côté de Wikileaks pour lire quelques câbles, il peut y avoir du contenu intéressant. À défaut de tout dévoiler de but en blanc (ce qui m’étonnerait, on aurait fini par en entendre parler), on doit au moins pouvoir juger du ton et de l’attitude de la France par rapport aux pays d’Afrique.

      Sinon pour la première question, là aussi, dur d’être certain de quoi que ce soit, et c’est peut-être un faisceau d’intérêts, qui passé un certain nombre mènent à l’intervention.
      Mais j’insiste, je ne crois pas à l’idée d’un pays qui entre en guerre pour des raisons purement abstraites, quelque part il doit y avoir un « retour sur investissement » (beurk). Pas que économique, mais quand même…

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