De l’opinion des politiques

  Parlons donc un peu d’actualité politique aujourd’hui. Oh, je parlerais bien des pitreries de la droite, mais d’autres le font déjà, et bien assez. Inutile d’en rajouter, ils font bien assez de bruit ainsi. Non, ce qui est davantage intéressant en ce moment, c’est la communication du gouvernement. Je vais essayer de ne pas faire dans la critique, car cela aussi a déjà été fait, et parce que c’est un peu facile.

 

  Trois éléments, par ordre chronologique, pour illustrer mon propos.

 

 

  D’abord, notre président, qui déclare mardi 20 novembre que « la loi s’applique pour tous dan le respect de la liberté de conscience ». Phrase ambiguë s’il en est, le but ayant été – apparemment – de rassurer les maires quant au mariage pour tous. C’est qu’il devait avoir fichtrement besoin de leur soutien, pour ménager ainsi la chèvre et le chou. Déchaînement des médias, protestations outrées des associations concernées, sous la rengaine : « Hollande recule sur le mariage pour tous ». Sans, d’ailleurs, satisfaire davantage qu’auparavant ni la chèvre, ni le chou.

 

  Et c’est le lendemain qu’on vient nous expliquer qu’en fait, nous avions mal compris, que la phrase de malheureuse tournure a été sortie de son contexte, que le terme était utilisé plus tôt pendant la conférence, etc. Il n’est donc finalement pas question d’aménager la loi, nous dit-il. Bilan, du bruit pour rien – mais c’est un don que possèdent nos politique.

 

 

  Quatre jours plus tard, autre sujet, autre domaine, notre ministre Montebourg déclare tout de go que « Nous ne voulons plus de Mittal en France parce qu’ils n’ont pas respecté la France  ». Mais que se passe t-il ? Des milliers d’emplois, et on déclare presque innocemment que, faute d’entente avec Mittal sur le site de Florange, on ne s’entendra plus du tout, et qu’il faut donc que celui-ci parte ailleurs. Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais ça semble légèrement puéril comme comportement.

 

  Et patatras, qu’apprend-on le lendemain ? Montebourg précise, atténue, nuance : «J’ai voulu dire que nous ne voulons plus des méthodes de Mittal en France, des méthodes qui relèvent du non-respect des engagements, du chantage et des menaces. ». Probablement une autre phrase sortie de son contexte, probablement une mauvaise interprétation.

 

 

  Enfin, pour finir en beauté : Valls à l’Intérieur, qui nous dit le même 25 novembre que « Il n’y a jamais de conditions au dialogue » à propos de l’opposition à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Cela fait très intérieur, très professionnel et très rassurant : le sens de son message, ce jour-là, était de dire : « nos conditions, ou pas de conditions ».

 

  Lui ne se dédit pas. Pas directement, en tout cas. Néanmoins, on apprend le lendemain que l’État et les opposants sont en train de négocier, chacun avec leurs conditions sine qua non. Des conditions au dialogue, en somme.

 

 

  Plutôt bancal tout cela, non ?

 

 

  Cela m’inspire deux-trois choses. D’abord, on retrouve la technique dite du ballon d’essai, qui consiste à faire une déclaration qui semble un peu précipitée, de tester l’opinion, et de revenir très vite sur ses propos le cas échéant. Cela était au menu quotidien sous la présidence précédente, avec les sorties de flèches telles que Hortefeux, Copé ou Morano (et bien d’autres encore). Le domaine n’était pas le même – il paraît qu’il existe des bords politiques – mais la technique me semble bien similaire.

 

  Il faut retenir qu’une personnalité politique ne déclare jamais rien par inadvertance. Partant de là, tout ce qui est dit est mesuré, dosé, millimétré. Car, pour arriver à ce stade de l’échiquier politique, maîtriser sa communication est le minimum.

 

  Ce qui nous mène tout droit au rôle des conseillers de nos chers politiques. Et, plus précisément, des conseillers en communication : ce sont, après tout, par eux que transitent – normalement – toute action médiatique. Ils rédigent les discours, préparent les interviews, dosent les actions et réactions… Des personnes capitales, donc, dans l’image bien déformée qu’on peut avoir d’un politique. Parce que finalement, tout ce qu’on sait d’un ministre, par exemple, est passé et passe par les médias.

 

  Aussi, quand on voit un politique exprimer son opinion sur un sujet donné, cela ne signifie rien. Ce que l’on voit, c’est une personne en train lire un discours qu’elle n’a pas écrit, basé sur les besoins en communications du moment, et sur des idées qu’elle n’a probablement pas. Oh, je ne dis pas que nos politiques sont idiots : après tout, pour arriver où ils sont, ils doivent bien disposer d’une forme d’intelligence. Mais c’est d’intelligence politique que l’on parle alors, et il y a fort à supposer que dans tous les autres domaines (économie, environnement, science, communication….), ils se reposent sur les idées de personnes plus intelligentes qu’eux.

 

  Cela, il fait bon s’en souvenir, lorsqu’on écoute l’un ou l’autre. Ils n’expriment pas leur opinion. Ils n’ont pas d’opinion ! C’est le résultat de pressions, d’attentes et de besoins multiples.

 

  Logique, après cela, qu’on arrive à quelque chose qui n’ait pas l’air très cohérent.

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2 réponses à De l’opinion des politiques

  1. Zipanu :

    Très bon.

    Je pense même que le choix de leur équipe passe par le filtre de la communication car ils savent s’entourer de personnes qui dégagent une idée commune particulière.

    • Merci :)

      Oui, c’est vrai. Mais c’est indirect : pour un ministre entouré d’une légion de conseillers, l’idée commune qu’ils dégageront sera perçue à travers la personne du ministre.
      Ces gens sont plutôt discrets, ce qui est somme toute logique.

      Je reparle de ça dans mon papier d’aujourd’hui, et je pense que je vais pas mal creuser autour de ça dans les semaines à venir.

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