Démocratie ? Et le hasard alors ?

  L’idée n’est pas nouvelle : elle a été d’usage en Grèce antique pendant des années. C’était même le mode de nomination par défaut pour chaque magistrature ou fonction publique. L’élection par les citoyens faisait figure d’exception, et ne concernait que les postes pour lesquels une compétence particulière était requise.

 

 

  Imaginez… Imaginez que le hasard soit tenu comme un mode de nomination acceptable. Quelles sont les options qui s’offrent à nous ? Comment construire un système juste et équilibré, à partir de cela ? Bien sûr, cela n’implique pas de tout remettre au hasard. Question de degré, ce que nous allons voir.

 

  Commençons par l’exemple le plus trivial : on garde le même système, mais – par exemple – le président de la république est choisi au hasard parmi les citoyens (disons, ceux dépourvus de casier judiciaire, pour faire bonne mesure). Ce serait absurde, pour plusieurs raisons : supposez que ce soit Paulo, plombier de son état, qui soit nommé.

 

  Paulo ne représente pas le peuple : il est unique, avec ses propres conceptions, aspirations, etc. Cela est vrai pour tous. De plus, Paulo serait bien gêné s’il avait la charge d’un pays, puisqu’il a parfois du mal à en comprendre les rouages. Nous y reviendrons.

 

  Donc la nomination directe d’une personne, on oublie. Ça ne marche pas dès lors que cette personne concentre autant de pouvoirs – un problème de monarchie présidentielle, vaguement évoqué déjà.

 

 

  Qu’en est-il si c’était un groupe de personne que l’on nommait ? Avec un nombre variable : d’une dizaine – institution collégiale – à une centaine – institution parlementaire. Il va de soi qu’en augmentant le nombre de nommés, on augmente la représentativité : simples statistiques. Donc le problème de la représentation peut être raisonnablement résolu, en prenant un nombre assez grand de personne, sans qu’il soit trop grand non plus.

 

  En revanche, le problème de la connaissance de la marche de l’État n’est pas résolu. Nous avons, en fait, une assemblée – mettons – d’un millier de Paulos, dont un faible nombre a une idée de quoi faire, et comment. Les personnes chargées de l’instruction politique de ces Paulos auraient une bien grande influence…

 

  A mon avis, le problème n’est pas là. Le souci est que Paulo et ses collègues ne savent pas déjà comment fonctionne leur pays. C’est une question d’éducation qui est soulevée : tous les potentiels responsables devraient être instruits. Ce qui signifie, ici, que tous devraient savoir comment fonctionne leur pays. Et ça, contrairement au hasard, devrait aller de pair concept de démocratie.

 

  La constitution d’assemblée a un autre inconvénient : celui de la prise de décision. Par défaut, on peut se reposer sur le vote. Cela pose quelques problèmes déjà évoqués, mais c’est une solution pragmatique, et pas si inefficace. Néanmoins, je pense que une fois le problème de la connaissance réglé, cette solution n’est pas mauvaise.

 

 

  Un gros bémol à tout ça, est que la mise en place nécessiterait des preuves de validité, l’aval de l’opinion publique, et plus important celui des politiques et l’idée d’une nécessité de changer. On devine l’avis des politiques là-dessus, et celui de l’opinion publique sur les nouveautés.

 

  Alors, douce utopie ? Peut-être. Mais puisque nous avons encore le droit de penser par nous-même, je trouve que ce n’est pas une mauvaise façon de réfléchir. Tout n’a pas besoin de venir d’en haut…

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8 réponses à Démocratie ? Et le hasard alors ?

  1. zipanu :

    C’est vrai que le principe du hasard apporte une forme de confiance et de détachement face au pouvoir pour cela c’est très très pertinent.

    La connaissance est un problème mais il y en a un autre.
    En effet l’aspect technique(administratif) face à la vision étaient déjà présents dans le précédent débat de la présidentielle.
    Entre expérience et talent visionnaire.
    Le premier peut apporter des handicaps mais on sait bien que ce n’est pas l’essentiel donc ça peut se régler mais le deuxième est nettement plus délicat.

    Même en réunissant des milliers de personnes qui cogitent il n’est pas sûr que nous arrivions à une nouvelle vision de la société(exemple vatican II qui est dans les cordes actuellement), parce qu’évidement on ne peut pas tout prévoir, nous n’avons pas de contrôle réel sur nos sociétés, elles dépendent de liens par rapport aux ressources et aux relations tellement inextricables que personne n’y entend plus rien(quand la reine d’Angleterre demandait à ses experts en économie le pourquoi de la crise, le résultat à été le grand silence).

    On peut prendre des décisions pour construire une route ou une voie ferrée et les impôts qui vont avec etc, mais c’est un pouvoir d’éléphant aux pieds d’argile, le sceptre devient une marotte.

    Le véritable pouvoir du peuple n’est pas dans la bureaucratie décisionnelle, mais dans la connaissance des Idées du Vrai, du Juste et du Bien, et tout ceci n’est nullement l’apanage d’une éducation, d’une idéologie ou de quoique que ce soit, mais c’est à égalité pour chacun l’ouverture d’esprit sur ce qui l’entoure et le désir d’y projeter du cœur.

    Ni le pouvoir concentré entre les mains d’une personne juste ni celui dilué entre plusieurs ne peuvent changer l’histoire, le pouvoir est illusion.

    • Alain Ternaute :

      J’ai du mal à te comprendre : tu veux dire que si le peuple avait « la connaissance des Idées du Vrai, du Juste et du Bien » (???) par un esprit ouvert et positif, il se passerait du pouvoir politique ?

      Et en quoi l’expérience apporterait un handicap ? L’action de prévoir (être visionnaire) ne se base pas sur du vent, mais sur l’expérience justement, non ?

      • Zipanu :

        « tu veux dire que si le peuple avait « la connaissance des Idées du Vrai, du Juste et du Bien » (???) par un esprit ouvert et positif, il se passerait du pouvoir politique ? »

        Oui et non, je pense que si nous étions réellement tous soucieux de notre prochain, nous n’aurions aucuns doutes sur le bien fondé de notre système politique, la faille ce n’est pas forcément les administrés(quoique) ni les élus(couac), ça reste un facteur humain commun à chaque citoyen.

        Bien sûr l’expérience n’est pas originellement un handicap mais ce n’est pas non plus systématiquement un vecteur d’innovation, certaines inventions ne se basent pas sur l’expérience mais sur le phénomène qui contredit totalement cette expérience, l’erreur. Donc un grand coup de vent dans tout ça, ça ne ferait pas de mal.

  2. Alain Ternaute :

    Le souci d’une assemblée qui respecte jusqu’au bout la liberté et l’égalité, c’est que l’avis du noob compte autant que l’avis de l’expérimenté.
    Chacun a tort, tout le monde a raison. Du fait, inutile de chercher une solution : il suffit de recenser les avis pour dégager l’opinion moyenne.
    Second problème : les plus sages laissent parler avant de prendre la parole. Du fait, les moins sages monopolisent très souvent le débat.
    Ces problèmes n’apparaissent pas dans la plupart des d’assemblées de techniciens. Parce qu’il n’y a plus ni égalité, ni liberté : il s’installe d’emblée une -hiérarchie- de compétence, d’expérience ou d’engagement (do-ocracy).
    Mais je reconnais que cette fainéantise de chercher une solution serait plus rare chez des élus inexpérimentés ou peu expérimentés.

    • Alors dans ce cas, pour une assemblée « mixtes » (ignorants/expérimentés), les expérimentés pourraient bien partager leur expérience, tenter d’influer leur prochain, etc. On retrouve, du coup, le concept de hiérarchie de compétence : ceux qui savent définir un problème et ses enjeux ont, par définition, plus de pouvoir.

      Petite digression : on appelle ces gens (qui proposent une définition) les « propriétaires du problème ». Exemple, le FN a défini il y a des lustres les « flux migratoires », notion utilisée par beaucoup de monde (média, politique) depuis.

      Fin de la parenthèse. Oui, en l’état des choses, il y aurait des inégalités si on se disait aujourd’hui « Allez, on fait une assemblée de 1000 personnes tirées au sort ». Alors certes, tous ne peuvent pas tout connaître, mais il me semble que tous devraient comprendre les enjeux et les problèmes politiques. D’où, si ma mémoire est bonne, la mention de l’éducation.

      Bon, ça n’empêche pas de faire appel à des « experts » dans des cas précis. On le fait déjà, mais c’est un autre problème, en fait.

      • Alain Ternaute :

        Je crois que je me suis mal exprimé :
        Le fait qu’une assemblée fasse appel à des experts, ou qu’elle accepte que ses membres expérimentés aient une quelconque autorité sur le débat (avoir plus de temps de parole), cela rejette d’emblée « la règle du jeu » républicaine : la combinaison des impératifs « liberté » et « égalité ».
        Si l’on s’en moque, on reste efficace dans la recherche de solutions, mais d’un autre côté, on est vulnérable aux conséquences de l’inégalité.

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