Dissidences : Moyen-Âge

  Je continue ici ma série à propos des dissidences dans l’Histoire. Rappelons-le, il s’agit ici de s’intéresser aux mouvements de groupe et durables. Le terme de « dissidence » est donc entendu au sens large. Aujourd’hui : le cas du moyen-âge.

 

  N’étant pas un expert de cette période, ce que j’expose ici sera nécessairement incomplet. Vous voilà prévenus ;-)

 

  Il faut déjà se replacer dans le contexte, et dans la pensée des individus de cette époque – si une telle chose est possible. Une des principales notions de l’époque était celle de norme1. Tout en venait, et tout y allait : c’était la manière d’apprécier, de juger quelqu’un. Je ne parle pas uniquement de jugements entre personnes, la justice elle-même s’appuyait sur ce critère de norme pour prononcer (ou non) une sentence.

 

  Ce qui nous permet, à l’instar des contemporains, de distinguer les individus dans la norme, et hors-la-norme. Dans cette dernière catégorie, nous croisons notamment mendiants, prostituées, voleurs, meurtriers, indigents… La liste est longue.

 

  Nous remarquons surtout une certaine aversion envers le vagabond en particulier, en envers l’Étranger en général. C’est un inconnu, il est capable de tout, on ne sait pas d’où il vient… Dans la vie à l’étendue géographique très limitée des contemporains, cela se distinguait sans peine. Les documents judiciaires – importante source, dans ce domaine – évoquent des individus « résidant partout », dénomination plutôt claire.

 

 

  Ce qui est intéressant également, c’est le point de vue de ces marginaux en question sur la norme. Il se trouve que, justement, ce ne sont pas du tout de dangereux penseurs anti-système. Au contraire ! Il se savent hors la norme, mais désirent être, un jour, de l’autre côté de la barrière. Un certain nombre de voleurs, par exemple, envisagent leur activité comme un moyen d’être assez riche, bien considéré… Beaucoup de marginaux également, restent profondément chrétiens, malgré leurs entorses répétées au dogme établi.

 

  Du point de vue de « la » société, les marginaux restent méprisés, et sont, bien plus que les autres personnes, soumis à une constante suspicion. Néanmoins, cela ne signifie pas qu’ils avaient vocation à être chassés ni éradiqués : ils étaient méprisés mais tolérés. Ceci, en partie à cause de l’impuissance des pouvoirs publics : on constate une certaine répétition de lois limitant le vagabondage, leur nombre étant preuve de leur inefficacité…

 

  Et qu’en est-il des révoltes populaires ? N’est-ce pas ce qui, dans un sens, se rapproche le plus de dissidences dans le sens actuel ? Il se trouve qu’en fait, la plupart de ces mouvements de masse étaient instrumentalisés : à l’instigation de quelques personnes aux intérêts bien particuliers, c’était une foule de petites gens qui se regroupaient en un endroit2. C’est en fait un moyen de pression sur ceux desquels on attends quelque chose – autorités, corporations, religieux…

 

  Cela ne signifie pas que les gens d’alors étaient assez idiots pour se faire manipuler ainsi. C’est plutôt qu’ils étaient à ce point éloigné des enjeux du pouvoir – en particulier, les petites gens – qu’ils ne réalisaient réellement à quoi menait ce rassemblement.

 

  Cela est lié, pour beaucoup, à la manière de penser de l’époque : le pouvoir ne concerne pas le peuple, cela a toujours été, cela reste ainsi. L’absence de perspective devait jouer beaucoup aussi : la circulation des informations, des idées, était très restreinte. Également, comme on l’a vu, la société d’alors avait une réaction très mauvaise face à un élément inconnu, ce qui est valable pour toute nouveauté…

 

 

  Une chose cependant : ce qui est évoqué plus haut, est bien sûr soumis au contexte : selon les guerres, invasions et autres croisades, les choses étaient susceptibles de changer un peu. Par exemple, le retour à la paix menait un certain nombre d’ex-soldats sur la voie du brigandage…

 

  Globalement, ce que nous pouvons dire, c’est que, plutôt que de dissidences, il s’agit d’avantage de dissonances à ce qui est établi. Cela fait encore une bonne conclusion, non ?

 

 

 

 

1.  Certaines choses changent lentement…

2.  Plus précisément : promettre une distribution de pain gratuite à tel endroit et à telle heure, faire circuler l’information, et ne rien donner à quiconque : c’est masser un grand nombre de personnes en colère au même endroit.

Tagged , , , .Bookmark the permalink.

Une réponse à Dissidences : Moyen-Âge

  1. Fifi :

    Seul nous ne sommes rien, la dissidence peut être initiée par une ou une poignée de personnes mais si elle ne peut être viable sans une petite communauté, alors le terme de mouvement de groupe me parait trop évident quand au terme durable, une dissidence qui dure devient parfois ,si elle réussie, une nouvelle autorité, où une nouvelle dissidence peut s’installer…

    Dans certains cas la facilité incite le dissident politique à passer à l’ennemi, « l’ennemi de mon ennemi peut-être un allié ».

    Au moyen âge, le pouvoir est fort et centralisé, la religion toute puissante, la dissidence ne peut être que religieuse, les réformes, les hérésies, le reste peut être une lutte de territoires entre différents pouvoirs politiques, suzerains, vassaux et royaumes.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

Anti-Spam Quiz: