Le Net, la censure, la liberté d’expression

  Cet article est issu d’un constat simple : je vous parle souvent comme si vous suiviez ce que je suis et lisiez ce que je lis sur Internet. Ce qui est bien évidemment faux (mais inconscient !), c’est pourquoi aujourd’hui je vais vous parler de quelques enjeux de la Toile. Laissez-moi tout d’abord mettre en place le décor, pour mieux pouvoir ensuite distinguer les acteurs.

  Début du XXI° siècle ; une révolution sans précédents des techniques et moyens de communication. Sans précédent ? En effet, les autres changements comparables par leur ampleur ont concerné les transports (de la machine à vapeur à l’avion à réaction) ou la santé (hygiène, vaccination…) par exemple. Très souvent, on nous parle de la révolution numérique comme quelque chose de passé : elle aurait culminé dans la dernière décennie, avec la démocratisation des technologies de l’Internat notamment. Il est effectivement plus facile de considérer une révolution¹ comme passée : le changement fait souvent peur. Mon point de vue est différent : les événements des deux dernières année prouvent que ça ne fait que commencer. Si la technologie se répand², on n’a de cesse d’en découvrir de nouveaux usages.

  C’est d’ailleurs la philosophie hacker : utiliser une technologie avec un but autre que celui initialement prévu³. On a ainsi vu les réseaux (dits) sociaux que sont Facebook et Twitter, à vocation sociale donc, jouer un rôle majeur dans les révolutions tunisiennes et égyptiennes.

  Nous en sommes donc, d’après moi, à l’aube de cette révolution du numérique. Ce qui réponds, en partie à la question de l’importance des réseaux. Ils n’en sont qu’à leurs balbutiements : c’est pourquoi leur contrôle doit revenir à deux qui les construisent, à ceux qui en font partie. C’est une sorte de démocratie sans chef, de cooptation.

  Si je parle de contrôle, vous comprendrez bien que je me place dans le contexte – actuel – qui fait que nos dirigeants s’intéressent de près à cet instrument étrange qu’est l’Internet. Ce qui est logique, vu son efficacité potentielle en tant que contre pouvoir… tant qu’on y est indépendant, tant que la liberté d’expression y est respectée.

  C’est en fait le principal problème des lois qui sont discutées en ce moment, en particulier de celles qui permettent la censure de site internet. Dans l’intention, il s’agit de cibler par exemple les contenus néonazis ou pédopornographiques⁴, ce qui est parfaitement louable. D’un point de vue plus technique, cela consiste à ordonnes aux fournisseurs d’accès Internet de bloquer l’accès à un site donné. Remarquons qu’il est déjà possible aux gouvernements de bloquer les sites ne respectant par leur juridictions, s’ils sont hébergés sur leur territoire : on coupe la source. Les réflexions actuelles portent sur la possibilité de modifier que l’internaute lambda  pourra percevoir du Net.

  Le lien avec la liberté d’expression est limpide : de telles lois, une fois en place, instaureraient un contrôle institutionnel du contenu circulant en ligne. Ce qui pose des bases juridiques de toutes les dérives possibles et imaginables : en effet, qui contrôlerait les contrôleurs ? Qu’est-ce qui empêcherait un gouvernement souhaitant étouffer un scandale honteux, de bloquer l’accès à des sites tels que Wikileaks ? Il faut bien se rappeler que toutes les institutions, tous les gouvernements, ne sont composés que de simples individus, aux intérêts particuliers souvent divergent.

  Voilà pourquoi des lois telles qu’ACTA en Europe et SOPA aux états-unis provoquent des oppositions si nombreuses sur la Toile⁵. Elles y sont perçue – à juste titre – comme des lois liberticides.
  On retrouve là un problème plus général : la tendance des politiques à réguler ce qu’ils ne comprennent pas ou mal. Mon opinion, comme celle de beaucoup d’autres, est que l’Internet devrait s’appartenir à lui-même.

 

¹  Quelle qu’elle soit, d’ailleurs.
²  C’est encore relatif : 2 milliards d’êtres humains ont accès à Internet à ce jour.
³  Attention donc, hacker ne signifie pas pirate informatique mais bidouilleur. L’amalgame est fréquent, mais faux.
⁴  Termes joliments résumés par « pédonazis » ci et là sur la Toile.
⁵ Citons l’opération « blackout SOPA », qui a réussi à mobiliser quelques 42 000 sites internets à travers le monde, et s’est montré capable d’infléchir la ligne de plusieurs grandes entreprises, notamment.

 

Pour en savoir plus :

 

PS : article partial, c’est voulu et assumé !

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2 réponses à Le Net, la censure, la liberté d’expression

  1. Fifi :

    Par forcément sans précédents, regarde la censure royale, l’imprimerie et la réforme.

    Et je pense qu’effectivement ta conclusion au quelle j’adhère volontiers est en harmonie avec l’article révolutionnaire suivant : « tout citoyen peut parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas prévus par la loi. »

    Il suffit d’ajouter, clavarder, bloguer, vidéo-téléphoner.

    • Alain Ternaute :

      L’article cité désigne la liberté d’expression, et de diffusion, non de communication (le clavardage et la visioconférence sont H.S.)
      Pas besoin de citer tous les moyens. Il faut simplement moderniser cet article 11 en ajoutant un terme générique comme « , publier » après le mot « imprimer ». De cette façon, au-delà d’Internet, tous les médias seront concernés.

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