Mot-clef : Machiavel

La communauté selon Proudhon

  Je n’ai pas la possibilité de vous écrire quelque chose de complet. Néanmoins, pour ne pas vous laisser dans la plus grande affliction, je vous copie ici un extrait de la Théorie de la propriété de Proudhon.

 

  « En deux mots, il n’y a d’autorité légitime que celle qui est librement subie, comme il n’y a e communauté utile et juste que celle à laquelle l’individu donne son consentement. Ceci posé, nous n’avons plus qu’un chose à faire : c’est de rechercher pour quelles causes l’individu peut retirer son consentement à la communauté.

 

  L’homme est doué d’intelligence ; il a de plus une conscience, qui lui fait discerner le bien du mal ; il possède enfin le libre arbitre. Ces trois facultés de l’âme humaine, l’intelligence, la conscience, la liberté, ne sont pas des vices, des déformations causées à notre âme par l’esprit du mal : c’est par elles, au contraire, que, selon la religion, nous ressemblons à Dieu ; et c’est à elles que la communauté ou autorité publique fait appel, quand elle nous intime ses décrets, distribue ses justices et châtiments. La responsabilité que la loi nous impose est le corollaire de notre libre arbitre.

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Hollande et la fin de crise

  Dans une interview menée le 17 octobre, notre président a déclaré la chose suivante : « Sur la sortie de la crise de la zone euro, nous en sommes près, tout près. » Étrange, non ? Est-il à ce point confiant dans les politiques menées actuellement ? Pense-t-il que le dernier sommet européen de la dernière chance est réellement le dernier ? Ou, plus simplement, prend-il ses concitoyens pour des idiots? Ce sont de premières réactions. Je vous avoue que c’est ce qui m’est passé par la tête (parmi d’autres choses) lorsque j’ai entendu cela. Attardons-nous un peu, cependant.

 

 

  Ma première idée – je pourrais dire hypothèse, en fait – est que notre président n’avait pas d’autre choix que de dire cela. Plusieurs raisons à cela, la première étant que ce discours est rare : aurait-il dit « Non, ça n’est pas près de s’arranger », cela aurait été une variation de plus de ce qu’on entend régulièrement. Par exemple, avec Sapin et Ayrault sur les chiffres du chômage, avant leur parution – donc à quelques jours de l’interview.

 

  Une façon de se démarquer du gouvernement, d’une certaine manière. Mais pas seulement : on sait que la crise touche, avant tout et surtout, le domaine économique. Or, en économie, les faits sont dictés – surtout – par les attentes : si tout le monde s’attend à voir la pierre monter, elle montera. Un des grands travaux de la classe politique va consister, et consiste, à remettre un peu de confiance dans les rouages de l’économie.

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Leviers du pouvoir : orgueil, crainte

Cet article a été publié initialement sur reflets.info . Il reprends, sous une autre forme, les idées brassées ici et .

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  Vous êtes au pouvoir. Peu importe comment, supposons simplement que vous vouliez y rester, ce qui est naturel. La question qui se pose alors à vous est comment y rester. C’est-à-dire, comment étendre et asseoir votre emprise sur vos concitoyens.

 

  Commençons par raisonner à court terme : inutile de penser à conserver votre place pendant une décennie, si vous êtes incapable d’y tenir un an. Pour ce faire, deux leviers, d’utilisation délicate certes, mais diablement efficace.

 

  La particularité de l’orgueil et de la crainte est qu’ils sont ressentis par chacun, mais commun à tous. Nul n’en est dépourvu, c’est pourquoi si vous voulez agir sur la masse c’est par là qu’il faut commencer. Jouer sur les motivations individuelles d’un point de vue global est la clé.

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Crainte et orgueil (2/2)

  En relisant mon billet précédent, je me suis rendu compte qu’il y manquait pas mal de choses. Je vais donc continuer ici d’énumérer quelques situations où orgueil et crainte sont, à mes yeux, moteurs.

  Pour commencer, la situation actuelle en Grèce. Nous avons l’Union Européenne qui essaie d’imposer au pays des coupes drastiques dans ses comptes ainsi qu’une restructuration de tout leur système administratif. Ceci dans l’objectif de « redresser la situation ». Comment faire accepter ceci par le peuple grec ? Par le citoyen lambda qui n’a, somme toute, pas grand-chose à voir avec la situation de son pays ? La crainte et la peur restent les meilleurs alliés des politiques : « si vous n’acceptez pas tout ceci, ça sera le chaos ». Si le peuple ne consent pas aux sacrifices qu’ont refusé de faire ses dirigeants, on lui promet l’Armageddon économique et social. Néanmoins ici, si la crainte reste l’argument (et le moteur) des politique, l’orgueil devient celui du peuple et de la « Grèce d’en bas ». Conséquence logique : opposition, manifestations, puis émeutes et incendies.

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Crainte et orgueil (1/2)

  Un peu de philosophie aujourd’hui. L’actualité… eh bien, n’a pas grand-chose de réjouissant, disons. Non pas que la philosophie dont je vais parler le soit beaucoup plus : Machiavel aura son mot à dire. Celui-là même qui a pour la première fois, écrit, parlé et raisonné sur les leviers du pouvoirs. En particulier des pouvoirs qu’un prince exerçait sur son peuple. Ce qui a également démystifié l’image du « souverain de droit divin » alors en vogue. Et donc, en posant ses idées et théories sur le pouvoir, il a isolé – vous l’aurez compris – deux éléments majeurs : l’orgueil et la crainte.

  Ces caractéristiques sont particulières à chacun, mais sont communes à tous : ce que Machiavel explique dans ses œuvres (entre autres), c’est comment jouer sur les motivations individuelles d’un point de vue global.

  On le considère généralement comme l’inventeur de la politique moderne. Et tout ce qu’il a pu dire et écrire, il y a de cela quelques siècles, reste bien souvent valable¹. Voyez plutôt :

  L’exemple le plus courant est celui de la guerre. On en reparle à propos d’Israël et de l’Iran, le principe était le même qu’avec les U.S.A. en  Afghanistan. Dans les deux cas, il s’agit d’un peuple qui, se sentant menacé, désire frapper le premier afin d’éradiquer son ennemi. Crainte, orgueil. Ce n’est certes pas l’exacte réalité : c’est plutôt ce qu’aimeraient faire percevoir les différents groupes pro-guerre. L’opinion générale est assez malléable pour rendre les politiques eux-mêmes malléables (sans parler des autres « incitations »).

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