Mot-clef : progrès

Réseaux de fer, 3/6 : Chevalier

  Cinq années après Musset et ses regrets, dix-neuf ans après la Parabole de Saint-Simon, le chemin de fer continue sa progression dans les territoires et dans les esprits.

 

L’invention des chemins de fer est un des plus grands bienfaits dont la science et l’industrie, associant leurs efforts, aient doté l’espèce humaine. Les chemins de fer semblent véritablement appelés à changer la face du globe. De hardis et généreux penseurs ont dit que le monde marchait à grands pas aujourd’hui vers l’association universelle ; peut-être ce merveilleux ordre de choses que leur faisait rêver leur noble amour pour le genre humain n’est-il, au gré de beaucoup d’hommes positifs, rien de plus qu’une chimère ; mais personne ne contestera que le sentiment d’unité qui anime aujourd’hui tant de peuples, et le besoin d’expansion qui dévore quelques nations récemment apparues sur la scène, dans l’ancien monde et dans le nouveau, ne tendent à changer la balance politique.

(suite…)

Tagged , , , , , ,

Réseaux de fer, 2/6 : Musset

  Quatorze années se sont écoulées depuis l’écriture de la Parabole, et le saint-simonisme, malgré le décès de son fondateur, est loin de s’éteindre : la religion qui en a émergé est à son point culminant. Quant aux idées, il faudra attendre le marxisme pour qu’elles soient fondamentalement remises en question. Donc, pour la période qui nous intéresse, il ne faudra pas oublier la prégnance du saint-simonisme.

 

  Pour en revenir au chemin de fer et au progrès technique, voilà ce qu’en pense Musset :

 

 

Vous vouliez faire un monde. – Eh bien, vous l’avez fait.
Votre monde est superbe, et votre homme est parfait !
Les monts sont nivelés, la plaine est éclaircie ;
Vous avez sagement taillé l’arbre de vie ;
Tout est bien balayé sur vos chemins de fer,
Tout est grand, tout est beau, mais on meurt dans votre air.

 

(Extrait de Rolla, 1833) (suite…)

Tagged , , , , , ,

Réseaux de fer, 1/6 : Saint-Simon

  Avant de s’attaquer aux réseaux à proprement parler, je voulais dire un mot sur un courant de pensée qui a fortement marqué le XIXième siècle : le saint-simonisme. Issu, comme on pourrait s’en douter, des écrits et réflexions d’un certain Saint-Simon, il prend la capacité des individus comme centre de réflexion. L’idée étant que les personnes les plus capables sont le pivot de la société…

 

  Les idées étaient tellement bouillonnantes, que Saint-Simon en personne a tourné ce courant de pensée en religion. Mais on s’éloigne du sujet, l’article Wikipédia vous en dira plus si vous êtes intéréssé.e.

 

  Le texte, paraît-il fondateur, consiste en une « parabole », dite Parabole de Saint-Simon. C’est celui-là que je reproduis ici, en l’ayant raccourci de moitié – l’original est long. Ce texte a été publié en 1819. (suite…)

Tagged , , , , ,

Media

Quelques éléments de réflexions :

 

Heidegger dans Sérénité, Questions III (1959) :

 

  « Tous les jours de l’année et à mainte heure du jour, ils sont assis, fascinés, devant leurs appareils de radio ou de télévisions. Toutes les semaines, le cinéma les enlève à leur milieu et les plonge dans une ambiance de représentations inhabituelles, mais souvent très ordinaires, simulant un monde qui n’en est pas un. Ou qu’ils aillent, un périodique illustré se trouve sous leur main.

(suite…)

Tagged , , , , , ,

Nous sommes tous conservateurs

  L’opposition entre conservateurs et progressistes existe depuis que les débats existent. Toujours, les tenants d’idées nouvelles, novatrices ou farfelues, se sont heurtés aux défenseurs de l’ordre établi, avec ses règles et structures. Chaque nouveauté politique – comme des élections ou le partage des pouvoirs – s’est produite en dépit des réticences conservatrices.

 

  Ces personnes ont une très faible ouverture aux idées, aux concepts nouveaux. Ils témoignent plutôt d’un attachement remarquable à ce qui est déjà établi. Parfois, c’est au passé qu’ils s’attachent : leurs souvenirs d’avant les changement – l’euro, le vote des femmes, la contraception… – leur servent d’idéal perdu. C’est le fameux c’était mieux avant que l’on a tous eu l’occasion d’entendre une fois dans notre vie.

 

  Conséquence logique, pour beaucoup d’entre eux, nouveauté est synonyme de danger. Imaginez donc : cela revient à remettre en question l’ordre, le système établi pour quelque chose d’autre, d’inconnu. Et la peur de l’inconnu reste, bon gré mal gré, une puissante motivation dans les esprits. Aussi bien du point de vue politique – mobiliser contre l’étranger… – que personnel – le simple fait d’être routinier par exemple.

(suite…)

Tagged , , , ,

Du progrès

  La notion est relativement récente dans l’histoire : à peine quelques siècles. Plus précisément, l’idée est apparue dans les courants humanistes des XV° et XVI° siècles.

 

  Elle n’a pas surgi de nulle part : en effet, ces mouvements se sont accompagnés d’une remise en perspective des pouvoirs religieux, rejetant certains dogmes établis. Parmi ceux-ci, celui d’une vision de l’Histoire confondue avec la Genèse. Dès lors, sans sens, cela revenait à considérer l’histoire comme un amas de faits chaotiques et désordonnés1.

 

  C’est ce manque que vient combler la notion de Progrès. C’est – il me semble – un certain monsieur Condorcet qui a théorisé ce progrès, comme lien entre le passé et l’avenir.

 

  Pour la petite histoire, l’idée ne s’est pas très bien portée par la suite, étant donné que le moyen-âge a longtemps été perçu comme une période de stagnation de l’humanité. La dénomination anglaise Dark Ages – pour Âges Sombres – était plutôt explicite à ce propos.

(suite…)

Tagged , , ,