Hollande et la fin de crise

  Dans une interview menée le 17 octobre, notre président a déclaré la chose suivante : « Sur la sortie de la crise de la zone euro, nous en sommes près, tout près. » Étrange, non ? Est-il à ce point confiant dans les politiques menées actuellement ? Pense-t-il que le dernier sommet européen de la dernière chance est réellement le dernier ? Ou, plus simplement, prend-il ses concitoyens pour des idiots? Ce sont de premières réactions. Je vous avoue que c’est ce qui m’est passé par la tête (parmi d’autres choses) lorsque j’ai entendu cela. Attardons-nous un peu, cependant.

 

 

  Ma première idée – je pourrais dire hypothèse, en fait – est que notre président n’avait pas d’autre choix que de dire cela. Plusieurs raisons à cela, la première étant que ce discours est rare : aurait-il dit « Non, ça n’est pas près de s’arranger », cela aurait été une variation de plus de ce qu’on entend régulièrement. Par exemple, avec Sapin et Ayrault sur les chiffres du chômage, avant leur parution – donc à quelques jours de l’interview.

 

  Une façon de se démarquer du gouvernement, d’une certaine manière. Mais pas seulement : on sait que la crise touche, avant tout et surtout, le domaine économique. Or, en économie, les faits sont dictés – surtout – par les attentes : si tout le monde s’attend à voir la pierre monter, elle montera. Un des grands travaux de la classe politique va consister, et consiste, à remettre un peu de confiance dans les rouages de l’économie.

Lire la suite

Tagged , , , , , ,

Relation et naufrages – XIII, XIV

[chap.1] [chap. 2, 3] [chap. 4] [chap.5][chap.8] [chap.9] [chap.10] [chap.11, 12]

CHAPITRE XIII.

 

Nous apprenons des nouvelles des autres chrétiens.

 

  Le même jour, je vis entre les mains d’un Indien un objet d’échange, et je reconnus que ce n’était pas nous qui le lui avions donné. Je lui demandai par signes où il l’avait eu : il me fit entendre qu’il le tenait d’autres hommes semblables à nous, qui habitaient plus loin. J’envoyai alors deux chrétiens et deux Indiens, pour qu’on leur indiquât où étaient ces gens : ils les rencontrèrent près de là, et ils venaient nous chercher, car les Indiens leur avaient parlé de nous.

 

  C’étaient le capitaine Andrez Dorantès, Alonso Castillo, et les gens de leur barque. En arrivant, ils parurent fort étonnés de nous trouver dans un tel état; ils en furent extrêmement affligés, n’ayant rien à nous donner. Ils n’avaient d’autres vêtements que ceux qu’ils portaient sur le corps. Ils restèrent avec nous, et nous racontèrent que le 5 du même mois, leur barque avait échoué à une lieue et demie de là, et qu’ils s’étaient sauvés sans rien perdre. Nous résolûmes d’un commun accord de radouber leur barque : que ceux qui en auraient la force s’en iraient dedans. Les autres resteraient jusqu’à ce qu’ils fussent rétablis, et suivraient la côte, ou bien ils attendraient jusqu’à ce que nous fussions arrivés dans un pays où il y aurait des chrétiens.

Lire la suite

Pouvoir : natures et formes

  On a souvent évoqué ce sujet, de manière annexe, dans d’autres articles et dans les commentaires qui suivent. Qu’est-ce que le pouvoir ? Quelle forme a-t-il, sous quel angle le considérer ? Quand est-ce pertinent ? Etc… Vous vous en doutez, je ne prétends pas répondre à tout cela en ces quelques lignes. Non, je vais simplement aborder plusieurs manières de voir et de percevoir ce concept, sans prétendre – là non plus – être complet : il y aura probablement des suites.

 

 

 

Possession, relation, potentiel

 

  La première chose qui nous vienne à l’esprit, est que le pouvoir est quelque chose qui se possède : on le voit dans la manière dont on en parle : « prendre le pouvoir », « donner le pouvoir », etc. C’est assez trivial, en ce sens : en tant que possession, on peut l’avoir ou pas, en petites ou grandes quantité.

 

  En ce sens, il est correct de dire qu’en ce moment, les citoyens français n’ont aucun pouvoir : ils en ont eu de petits fragments lors des dernières élections, ils en auront aux prochaines, et d’ici là, ils n’ont rien. Ce qui n’est pas loin du ressenti de beaucoup de personnes, me semble-t-il.

 

  Cela reflète la plupart des situations de pouvoir. Néanmoins, c’est très général : on ne parle pas des personnes concernées, ni de leur relation.

  Lire la suite

Tagged , , , , , , , , ,

Vers de A.Bierce

  Aujourd’hui, quelques extraits traduits par votre serviteur de The Devil’s Dictionnary, écrit par Ambrose Bierce entre 1881 et 1906, que j’ai déjà pu citer ici et . Tout est restitué (en anglais) sur ce site.

_____________________________

Rang

 

Il était d’un rang si haut à la Cour,

 

Que les autres nobles se demandaient pourquoi.

 

« Parce que », on leur répondit, « Les autres n’ont pas

 

Ses compétences pour lécher les bottes royales. »

 

 

 

He held at court a rank so high

 

That other noblemen asked why.

 

« Because, » ’twas answered, « others lack

 

His skill to scratch the royal back. »

  Lire la suite

Tagged , , ,

Relation et naufrages – XI, XII

[chap.1] [chap. 2, 3] [chap. 4] [chap.5] [chap.6, 7.1] [chap. 7.2] [chap.8] [chap.9] [chap.10]

CHAPITRE XI

 

 

De ce qui arriva à Lope d’Oviédo avec des Indiens.

 

 

  Aussitôt que notre monde eut mangé, j’envoyai auprès de Lope d’Oviédo, qui avait des hommes en plus grand nombre que nous et plus forts, pour lui dire de gagner des arbres qui étaient près de là et d’y faire monter pour observer le pays, ce qu’il fit. Il reconnut que nous étions dans une île : le sol paraissait creusé comme dans les endroits où paissent les troupeaux, ce qui lui fit croire que nous nous trouvions dans un pays habité par des chrétiens, et il me l’envoya dire. Je lui recommandai d’observer avec plus d’attention, et de remarquer s’il n’y avait pas de chemin tracé, sans néanmoins trop s’éloigner dans la crainte de dangers.

 

  Il trouva un sentier qu’il suivit pendant une demi-lieue, et il arriva à des cabanes d’Indiens dont les maîtres étaient aux champs. Il y prit un grand pot, un petit chien et un peu de poisson , et il retourna sur ses pas. Voyant qu’il tardait à venir, j’envoyai deux chrétiens pour le chercher, et voir ce qui lui était arrivé : ils le rencontrèrent à peu de distance. Ils remarquèrent trois Indiens qui le suivaient en l’appelant, lui-même leur faisait des signes pour les engager à s’approcher. Lire la suite

Démocratie ? Et le hasard alors ?

  L’idée n’est pas nouvelle : elle a été d’usage en Grèce antique pendant des années. C’était même le mode de nomination par défaut pour chaque magistrature ou fonction publique. L’élection par les citoyens faisait figure d’exception, et ne concernait que les postes pour lesquels une compétence particulière était requise.

 

 

  Imaginez… Imaginez que le hasard soit tenu comme un mode de nomination acceptable. Quelles sont les options qui s’offrent à nous ? Comment construire un système juste et équilibré, à partir de cela ? Bien sûr, cela n’implique pas de tout remettre au hasard. Question de degré, ce que nous allons voir.

 

  Commençons par l’exemple le plus trivial : on garde le même système, mais – par exemple – le président de la république est choisi au hasard parmi les citoyens (disons, ceux dépourvus de casier judiciaire, pour faire bonne mesure). Ce serait absurde, pour plusieurs raisons : supposez que ce soit Paulo, plombier de son état, qui soit nommé.

 

  Paulo ne représente pas le peuple : il est unique, avec ses propres conceptions, aspirations, etc. Cela est vrai pour tous. De plus, Paulo serait bien gêné s’il avait la charge d’un pays, puisqu’il a parfois du mal à en comprendre les rouages. Nous y reviendrons.

 

Lire la suite

Tagged , , ,

Peine, christianisme, prison

  Supposons qu’aujourd’hui un homme, appelons-le Moriarty, commette un assassinat. Supposons aussi, puisque c’est encore raisonnable, que la justice suive son cours et que Moriarty soit puni selon la loi. Il est fort probable qu’au bout d’une vingtaine d’années (au plus) de prison, Moriarty retrouve la liberté s’il se comporte correctement – ce qu’il fera, s’il est intelligent. Vingt ans plus tard, donc, il est libre de vaquer, libre. Le mort, lui, reste mort. De ces quelques ligne, on peut tirer plusieurs choses.

 

 

  D’abord, la notion de peine. Parmi toutes les formes de punition, c’est la privation de liberté qui est aujourd’hui la peine par excellence : passé un certain seuil, on quantifie chaque infraction à la loi selon sa gravité. Moriarty eut-il commis un double meurtre, il aurait enduré des années supplémentaires de prison.

 

  Cela peut paraître malsain de donner un prix à une vie qu’on ôte, mais c’est d’un autre côté relativement pragmatique. Car, dans le fonds, l’éventail des peines est restreint : amendes, privation de liberté, privation relative de liberté (bracelets électroniques, etc), peine de mort (pour les pays la pratiquant). Et il va de soi qu’un meurtrier devrait (au moins) être isolé de la société dans laquelle il a commis sa faute.

Lire la suite

Tagged , , , , ,

Relation et naufrages – X

[chap.1] [chap. 2, 3] [chap. 4] [chap.5] [chap.6, 7.1] [chap. 7.2] [chap.8] [chap.9]

CHAPITRE X.

 

De notre querelle avec les Indiens.

 

  Le matin étant venu, un grand nombre de canots indiens vinrent nous demander leurs deux camarades qui étaient restés en otage dans la barque. Le gouverneur répondit qu’on les leur donnerait lorsqu’ils rendraient les deux chrétiens qu’ils avaient emmenés. Ces gens avaient avec eux cinq ou six chefs qui nous parurent les Indiens les mieux faits, les plus respectés et les plus sensés que nous eussions vus jusqu’alors ; cependant ils n’étaient pas aussi grands que ceux dont nous avons parlé.

 

  Leurs cheveux étaient très longs et tombaient sur leurs épaules ; ils portaient des manteaux de marthe, semblables à celui que nous avions déjà pris. Il y en avait de faits d’une manière extraordinaire, ils étaient ornés avec des courroies de peau jaunâtre qui faisaient un très-bon effet. Ils nous prièrent de les suivre, disant qu’ils nous rendraient les chrétiens, qu’ils nous donneraient de l’eau et beaucoup d’autres objets. Bientôt une multitude de canots arrivèrent, et s’efforcèrent de barrer l’entrée de la lagune où nous étions. Cette circonstance, et la réflexion que le pays était trop dangereux pour y séjourner, nous détermina à gagner le large.

  Lire la suite

De la place du hackerisme dans la société

  Aujourd’hui, nous allons nous intéresser aux milieux hacker, ou plutôt à la philosophie qui les sous-tends. Avant tout, sachez que je n’en fais pas exactement partie, disons que je « gravite » autour, via des sites comme reflets, et quelques blogs de ci, de là. Donc, logiquement, il me manquera des subtilités dans ce qui suivra. Le cas échéant, n’hésitez donc pas à me corriger !

 

 

De quoi tu parles ?

 

  Il est judicieux de commencer par là. Hackerisme est un drôle de mot, peu souvent utilisé, qui pourrait signifier « philosophie des hackers », mais pas uniquement. Pour moi, cela se rapporte à toutes les philosophies de tous les hackers, ce groupe des hacker étant entendu au sens large.

 

  Qui donc, alors ? J’en ai déjà parlé de temps à autres, mais pour faire simple – et court – on retiendra que le hacker fait partie de ceux qui, voyant un problème sans solution, essaient d’en trouver une, et plus important, de la réaliser eux-mêmes. C’est cet aspect « bricoleur » que l’on retrouve bien souvent en informatique, mais qui va bien au-delà de ça.

Lire la suite

Tagged , , , ,

Plumule de décrisement

     Auteur : Zipanu

 

  Nous sommes en 2012 après Jésus-Christ, le monde est préoccupant… Tout le monde ? Non ! Car ce monde est peuplé d’irréductibles humains qui résistent encore et toujours au grand dépresseur. Et la vie n’est si facile pour les barbares des camps de décérébration de Alphaplusum, Somatum, Conditionum, et Utopitum.

 

 

Victimes, faciles boucs émissaires

 

 

  L’éthique écologique est comme la religion chrétienne pour les Indiens, vouloir leur inculquer la notion de pêché, c’est oublier qu’ils sont au-dessus de tout ça. Non pas qu’il s’agisse là de parfaits, loin de là, mais que leur mode de vie n’a pas créé un terrain favorable à ce dont on aimerait qu’ils se repentent (pour rassurer notre nature de fraîchement converti peut-être).

Lire la suite