L’état d’exception : le dictateur romain

  Cet article suit les quelques précédents traitant de l’état d’exception, mais peut être lu séparément. A votre convenance, donc. Aujourd’hui, je vais m’intéresser à la fonction de dictateur, dans le contexte de la Rome antique. Ce qui en fera un papier transversal, peut-être un peu plus que les précédents.

 

  Pour commencer, je peux vous dire ce que la dictature à Rome n’est pas : la concept, l’idée et la fonction n’ont rien en commun, sinon le nom, avec la notion tel qu’on l’entends aujourd’hui. Point ici de pouvoir illimité dans le temps, ni de pouvoir total sur tous. Il s’agissait d’une fonction bien définie, légale mais à caractère exceptionnel – ce qui motive ce papier.

 

  Avant de continuer, je vais vous parler – brièvement – de Cincinnatus, personnage semi-légendaire de la République Romaine – c’est-à-dire, avant l’Empire. Puissant homme politique en retraite, il se fait rappeler au pouvoir par un consul, en difficultés militaires, pour assurer le commandant suprême et éviter une cuisante défaite à la jeune Rome. Chose qu’il fit avec brio, après quoi, l’ennemi n’étant plus, il rendit le pouvoir aux consuls pour retourner à sa retraite – on assure qu’il cultivait lui-même ses terres quand on vint le chercher.

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Leviers du pouvoir : obéissance et autorégulation

  Bien. Supposons donc que vous ayez réussi à vous maintenir à court terme, en manipulant les deux outils dont je vous ai déjà parlé. Des tensions sont peut-être apparues. Ce qui est normal ! Ils n’ont pas vocation à durer, seulement à résoudre des situations à courtes échéances. Vous ne pouvez pas les apeurer ni les glorifier éternellement, le mélange n’est pas très stable.

 

  Intéressons-nous donc aux moyen et long termes. Supposons pour cela, que vous ayez à votre disposition – c’est à dire, à vos ordres – un État déjà organisé. Ce sera probablement le travail de vos prédécesseurs, et il est essentiel pour vous de le maintenir. En effet, ces mêmes prédécesseurs devaient également se faire obéir ! N’hésitez donc pas à conserver leurs outils de travail. Quitte à les modifier subtilement si besoin.

 

  Je m’explique : un État, c’est déjà une formidable bureaucratie. Cette bureaucratie dépends peu du pouvoir en place : son rôle est de faire tourner la machine. Entrées et sorties d’argent, infrastructures et biens publics, etc. Ce sont souvent les premiers interlocuteurs des citoyens. Il convient donc de les ménager : hausse de salaires, embauches, facilités immobilières, que sais-je.

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L’état d’exception : le terrorisme

  Il y a peu de temps, je vous parlais de la notion d’état d’exception. Il est temps maintenant de rentrer dans le vif du sujet, avec les problèmes posés par la notion de terrorisme.

 

  Pensez donc : un groupe de personne, ne se revendiquant d’aucun d’État, décident de s’en prendre à l’un d’entre eux. Cela n’était pris en compte dans aucune législation, jusqu’à récemment. C’est là qu’interviennent donc les pouvoirs exceptionnels, que l’on a déjà défini. Dans ce cas particulier, ils ne sont pas nécessairement aux mains d’une seule personne, en revanche, ils permettent bel et bien de s’exempter de la loi dans certains cas exceptionnels.

 

  La date marquante, dans le domaine de la législation antiterroriste, est celle du 11 septembre 2001. On devine bien pourquoi.

 

  Intéressons-nous pour commencer à ce qui existait auparavant. Lorsqu’une personne commettait un meurtre, deux situations étaient possibles : soit la personne est un civil, auquel cas il appartient il y a jugement selon la justice ordinaire – le droit commun. Soit, la personne relevait d’une autorité militaire, dans le cadre d’opérations militaires, auquel cas il faut encore considérer le statut de la victime : civile ou militaire. Cette deuxième partie était – et est encore – régie par différents éléments de droit international.

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Du progrès

  La notion est relativement récente dans l’histoire : à peine quelques siècles. Plus précisément, l’idée est apparue dans les courants humanistes des XV° et XVI° siècles.

 

  Elle n’a pas surgi de nulle part : en effet, ces mouvements se sont accompagnés d’une remise en perspective des pouvoirs religieux, rejetant certains dogmes établis. Parmi ceux-ci, celui d’une vision de l’Histoire confondue avec la Genèse. Dès lors, sans sens, cela revenait à considérer l’histoire comme un amas de faits chaotiques et désordonnés1.

 

  C’est ce manque que vient combler la notion de Progrès. C’est – il me semble – un certain monsieur Condorcet qui a théorisé ce progrès, comme lien entre le passé et l’avenir.

 

  Pour la petite histoire, l’idée ne s’est pas très bien portée par la suite, étant donné que le moyen-âge a longtemps été perçu comme une période de stagnation de l’humanité. La dénomination anglaise Dark Ages – pour Âges Sombres – était plutôt explicite à ce propos.

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  Quelques pensées, amassées au fil des jours. Faites-en ce que bon vous semble, ceci ne m’appartient plus guère, une fois que c’est en ligne. Voilà…

 

   1. Soucis
 
Marcher dans la rue, la tête occupée par quelque souci, l’ouïe occupée par quelque musique.
Grande rafale de vent. Voir une pie, battant des ailes, immobile puis tourneboulée.
Se dire que finalement, les soucis pourraient être pire.

 

   2. Chute
 
Dévaler des marches deux à deux.
Se dire que cela est proche d’une chute contrôlée.
Penser « Qu’est-ce qui n’en est pas ? ».

 

   3. Gens
 
Croiser des gens dans la rue.
Se redresser, tâcher de présenter correctement.
Penser « Inutile : je ne les connais pas. »

 

 

L’état d’exception : commençons…

  La notion est assez vaste. Il m’a fallu plusieurs heures pour en venir à bout, et avoir les idées claires là-dessus. Mais il s’agit de quelque chose de très intéressant, étant donné que cela régit les limites des pouvoirs que nous accordons à nos dirigeants.

 

  De manière synthétique : c’est une situation dans laquelle peut se trouver un État, dans laquelle les institutions ordinaires sont impuissantes. La réponse à cette situation se trouve sous la forme de certaines exceptions ou entorses au droit, afin de permettre un retour à la normale.

 

  Détaillons davantage :

 

  Où se situent ces entorses au droit ? Pas dans le droit lui-même, c’est évident : il est conçu comme un objet cohérent, complet et auto-suffisant. Ces exceptions se trouvent en fait dans la Constitution, qui n’est pas du droit mais la source du droit. Le principe est qu’elle pose la Loi comme référent unique, en-dehors de certaines dispositions prévues dans la constitution.

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Ce mot, pour vous dire que je compte m’éloigner de l’Internet pendant le mois de juillet. Non pas me débrancher totalement, mais au moins marquer une pause. Consacrer un peu plus de temps à d’autres choses, un peu moins ici. Temporairement :-)

Mais : je me suis dit que, sans rien de ma part pendant un mois, vous finiriez par vous ennuyer. Alors j’ai pris un petit peu d’avance la semaine dernière, pour vous planifier quelques articles. Quatre précisément, c’est tout ce que j’ai pu faire. Publication prévue lundis et vendredis à venir !

Par ailleurs, vous aurez remarqué quelques changements de machinerie. Nouvelles pages, catégories, etc… Là-dessus, comme sur le reste, votre avis est bienvenu !

À très vite,

A.

Traces

  Les quelques lignes qui suivent sont axées autour de la question « Quelles traces laissons-nous ? ».

 

  Cette question en soulève bien d’autres, la première d’entre elles concernant la nature de ce qu’on appelle « trace ». De mon point de vue, cela se rapproche de la notion d’empreinte. Plus précisément : la trace que laisse un individu, serait les caractéristiques de cette personne, qui subsistent après son passage. Ce qui pose les questions de peuvent bien subsister des caractéristiques, et après le passage dans quoi.

 

  Ce qui me permet de découper proprement cet article.

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Images dans l’eau

Nous avons pris ce chemin l’an dernier,

   nous vîmes les arbres se refléter

   dans le ruisseau

   se refléter la jeune feuille,

   que le ruisseau emportait -

   mais après la nouvelle feuille

   n’était pas consciente de cela.

 

Nous prîmes encore le même chemin,

   nous reflétant dans le ruisseau

   nous vîmes notre image vieillir,

   vieillir et courir vers la mer -

   image qui nous le savions

   ne reviendrait jamais.

 

Matthías Johannessen, Borgin hló,1958.

[Source]

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Dissidences : Moyen-Âge

  Je continue ici ma série à propos des dissidences dans l’Histoire. Rappelons-le, il s’agit ici de s’intéresser aux mouvements de groupe et durables. Le terme de « dissidence » est donc entendu au sens large. Aujourd’hui : le cas du moyen-âge.

 

  N’étant pas un expert de cette période, ce que j’expose ici sera nécessairement incomplet. Vous voilà prévenus ;-)

 

  Il faut déjà se replacer dans le contexte, et dans la pensée des individus de cette époque – si une telle chose est possible. Une des principales notions de l’époque était celle de norme1. Tout en venait, et tout y allait : c’était la manière d’apprécier, de juger quelqu’un. Je ne parle pas uniquement de jugements entre personnes, la justice elle-même s’appuyait sur ce critère de norme pour prononcer (ou non) une sentence.

 

  Ce qui nous permet, à l’instar des contemporains, de distinguer les individus dans la norme, et hors-la-norme. Dans cette dernière catégorie, nous croisons notamment mendiants, prostituées, voleurs, meurtriers, indigents… La liste est longue.

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