Décision

Une feuille s’était détachée de l’arbre,

« Je veux tomber au sol », dit-elle.

 

Le vent d’ouest, se levant, la fit virer,

« Vers l’est », dit-elle, « Je dois aller. »

 

Le vent d’est se leva plus fort,

Alors dit-elle : « Il était sage de changer ma course. »

 

À égalité ils s’affrontaient.

Elle dit : « Je suspend mon jugement. »

 

Tombèrent les vents; la feuille, euphorique,

Cria : « J’ai décidé de tomber droit au sol. »

 

« Meilleure les premières pensées ? » Ce n’est pas la morale;

Choisissez juste la vôtre et point de dispute.

 

Néanmoins votre choix tombera sûrement,

Sans que vous y preniez part.

 

 

Ambrose Bierce, The Devil’s Dictionary (1911)

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Le stratège, l’empereur, le président (2/2)

Cet article fait suite au précédent, mais peut être lu indépendamment.

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  Résumons donc : nous avons notre stratège grec à la tête de sa cité, notre empereur romain à la tête de son empire, et notre président à la tête de son pays. Supposons que ce pays soit la France, pour nous simplifier la tâche. Ayant décrit plus ou moins brièvement les rôles des deux premiers individus, je vais comparer ces fonctions, par rapport à leurs enjeux.

 

  Tout d’abord, il faut remettre les choses à leur échelle. En effet, le stratège, si puissant qu’il fut, ne dirigeait qu’une cité grecque parmi d’autres, et avait donc un pouvoir plutôt limité par rapport à d’autres. Limité géographiquement donc, à une cité-état, et humainement, à la population qui y vivait : quelques dizaines de milliers d’habitants.

  Ce qui est peu, vis-à-vis de leur importance politique et de l’époque moderne. Néanmoins ceci a permis une multitude d’expérimentations politiques, dont les effets étaient visibles vite et près : les rapports de forces se jouaient presque exclusivement à l’intérieur d’une cité. Le fait d’avoir une influence moindre qu’ailleurs ne rendait d’ailleurs pas les luttes politiques moins dures qu’ailleurs : l’ostracisme par exemple, qui consistait à éloigner par vote une personne de la vie politique pour quelques années, était monnaie courante. Quand ce n’était pas l’exil pur et simple, ou les condamnations en justice.

 

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Le stratège, l’empereur, le président (1/2)

  Vous le savez, j’aime beaucoup parler des relations, des fonctions et des individus de pouvoir. Ce qui est particulièrement intéressant est la façon dont tout cela évolue au fil du temps. Notamment parce que cela permet de percevoir les tendances de fond, et des idées pour l’avenir. C’est pour cela qu’aujourd’hui je vais décrire et comparer ces fonctions qui ont été capitales dans la direction d’un état.

 

  Commençons par les descriptions. Nous avons dans l’ordre le stratège de la Grèce antique, l’empereur romain, et la présidence telle que nous la connaissons. Cette dernière se passera de description poussée, partant du principe que le concept est connu.

 

 

  • Le stratège grec

 

  Le contexte d’abord : nous sommes en Grèce Antique, à la période des cités-états autonomes et indépendantes. Il n’existe pas de « pays » au sens moderne, mais une multitude de « micro-états » distincts, qui ne se fédèrent que sous une pression extérieure (invasions…). Le type de gouvernement dépends donc de la cité, et n’est donc pas nécessairement démocratique, et le concept même de démocratie varie selon les lieux.

 

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La déresponsabilisation

  C’est un concept tellement commun, tellement omniprésent, qu’on y fait de moins en moins attention. Comme beaucoup d’autres choses d’ailleurs : si tous changent d’avis, de comportement à propos d’un sujet, l’évolution est moins perceptible.

 

  Commençons par les faits. Quand je parle de déresponsabilisation dans notre société, c’est quelque chose de quantifié que j’évoque : on n’est pas totalement dénué de toute responsabilité, n’est-ce pas ? Car nous vivons dans ce qui ressemble encore à un état de droit, où notre responsabilité en tant qu’individus est clairement définie dans un appareil législatif plutôt complet – et complexe.

  Néanmoins, ici c’est l’aspect individuel qui est régi et codifié. Même les groupes se voient considéré comme des individus : on parle de « personne morale », ce qui ne rends justement pas compte du caractère « groupe » de la chose.

  Justement, on s’accorde souvent à dire que la société telle que nous la vivons et la percevons – c’est-à-dire occidentale et capitaliste, sinon vous ne liriez pas ceci – tends vers de plus en plus d’individualisme. L’appareil législatif suit donc, avec le retard qui est le sien, mais il suit néanmoins.

 

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Volonté consciente

  Quand on s’intéresse au concept de la volonté consciente, la problématique peut être la suivante : causons-nous consciemment nos actions, ou bien nous actions nous arrivent-elles ? Cette question a opposé les tenants de la libre volonté et les déterministes depuis qu’il y a des philosophes pour jouer l’un ou l’autre rôle. Ce n’est pourtant pas une question purement abstraite : les progrès scientifiques en neurosciences et en sciences cognitives peuvent apporter une partie de la réponse.

 

  Alors vous pourriez vous demander « À quoi bon cette question ? Je fais ce que je veux, puisque je sais que je le veux. » Et c’est là toute la subtilité des sciences cognitives : comment peut-on être sûr que ce que l’on sait et ce que l’on sent est vrai ? Ça ne fait pas une preuve, ni scientifique ni philosophique : par nature raisonner sur nous-même n’est pas évident. Ce qu’on peut dire avec certitude néanmoins, c’est qu’il n’y a pas de déterminisme global – c’est-à-dire qu’il n’est pas possible, en connaissant tout, de prédire tout.

 

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L’anonymat, la censure, l’open source

  Trois vidéos aujourd’hui, qui sont à mes yeux de bons explicateurs pour des concepts qui méritent d’être connus et reconnus.

 

Pour commencer : l’anonymat :

 

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L’auto-régulation

  C’est quelque chose d’à la fois commun, et propre à chacun. Il s’agit du fait que, en présence d’autrui, nous surveillons et restreignons notre comportement. Cette notion a plusieurs aspects, que je détaille ici.

  Notez déjà que je m’intéresse uniquement au cas du comportement des individus. En effet, on pourrait parler d’auto-régulation pour des systèmes financiers, mécaniques, environnementaux… Peut-être dans un autre papier.

 

  Revenons à nos moutons : le premier trait de l’auto-régulation est son caractère contraignant : on se sent obligé de se tenir bien en société, correctement avec des proches… C’est ce que l’on pourrait appeler une contrainte de société. C’est – à mon humble avis – lié à la notion de regard, et de perception d’autrui. Effectivement, on agit d’une certaine manière car on craint le regard, et surtout le jugement, de quelqu’un d’autre. Finalement, on ne fait que ce qui est « admis » par la plupart – à savoir, ne pas se gratter l’oreille en public, par exemple.

 

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L’État, moyen ou fin ?

  Pour commencer il nous faut définir ce que l’on entends par « État ». Les définitions sont multiples et, pour la plupart, justes. On retiendra déjà celle de l’État comme État de droit, c’est-à-dire comme garant des libertés et droits fondamentaux. On s’intéressera aussi à l’État comme appareil bureaucratique, c’est-à dire comme l’ensemble des structures qui permettent de régir le fonctionnement d’un pays.

 

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  Ceci étant fait, je vais m’intéresser au premier aspect de la question, à savoir, l’État comme fin. On peut alors voir cet État comme un système, comme un ensemble cohérent : sa raison d’être est sa propre perpétuation. Peut-être que l’on peut parler de Darwinisme dans ce cas, par comparaison aux êtres vivants. C’est en tout cas vrai vis-à-vis de ce qui lui est extérieur : un État, tel qu’on le conçoit aujourd’hui, peut et est même censé défendre ses intérêts. On pense tout de suite à la guerre, mais il peut s’agir également de défendre ses intérêts économiques, sa souveraineté, etc… De ce côté on a une sorte de compétition inter-étatique.

  Ce darwinisme peut par ailleurs être utilisé à des fins personnelles, politiques ou idéologiques. C’est ce qu’illustre le concept de légitime défense d’un État, mis en avant par les États-Unis pour légitimer leurs interventions militaires à l’étranger. Souvenez-vous des « armes de destruction massive » irakiennes… !

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La loi, les groupes et l’Autre

  Les différents éléments de l’actualité m’ont porté à réfléchir sur les liens entre la législation et la notion de l’Autre dans sa notion la plus générale. On peut se demander, par exemple, si nous sommes naturellement portés à catégoriser tout ce qui nous entoure, ou est-ce quelque chose que l’on acquiert sous l’influence de notre société ? Y est-on contraint, habitué, consentant ? Le problème est vaste, c’est pourquoi je m’intéresserai en particulier au cadre législatif – globalement, je n’en suis pas spécialiste.

  Commençons par les lois, donc. On se rends facilement compte que pour faire une loi, il faut être précis : tout doit y être clair, pour qu’elle puisse être appliquée dans un cadre spécifique. Il doit y avoir le moins de « failles » possibles, afin qu’elle ne soit pas utilisée en-dehors de ce cadre ni détournée de son objet initial. Tout ceci conduit nécessairement à catégoriser : les lieux, les situations, les responsabilités, et surtout les personnes. La loi est – normalement – la même pour tous, mais tous n’ont pas le même rôle dans la société : c’est pourquoi il existe un code civil, un code pénal, un code du travail, un code électoral… Ce représente en quelque sorte des recueils « thématiques » de lois.

 

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Le temps des politiques

 

  Dans notre société actuelle, le concept de fuite en avant est, semble-t-il, de plus en plus omniprésent : on en parle parfois, on la constate souvent. On admet souvent que de nos jours, « tout va plus vite », que notre conception du temps est modifiée et ramenée à l’instant. Ce qui pose les questions des implications à long terme sur les individus, sur la politique et sur la société elle-même finalement. Implications que j’essaie modestement de démêler ici.

 

  • La chute, la fuite

 

  S’il est quelque chose d’étonnant dans tout ce qu’on entends ces temps-ci, c’est bien le concept de fuite en avant. Et s’il est quelque chose d’étrange à ce propos, c’est qu’ils soit à la fois si détesté et si appliqué.

 

  On parle souvent de procrastination à ce propos, tant et si bien que c’est devenu un mot pour désigner le fait de tout reporter au plus tard possible. Cela peut être traité avec humour lorsque c’est de personnes que l’on parle, un peu moins lorsqu’il s’agit de groupe de personnes, de sociétés, d’états de responsabilités en somme. On retrouve le concept de dette dans le cas général: il s’agit de consommer maintenant mais de payer plus tard. Et de reporter ce « plus tard » encore plus tard si, le moment venu, on n’a pas les moyens de la rembourser.

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