Relation et naufrages – XVII

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CHAPITRE XVII.

 

  Les Indiens arrivent et emmènent avec eux Andrès Dorantes, Castillo et Estevanico.

 

  Deux jours après le départ de Lope de Oviédo, les Indiens qui gardaient Alonso del Castillo et Andrès Dorantès, arrivèrent à l’endroit même que l’on nous avait indiqué, pour manger les noix dont ils vivent pendant deux mois en les broyant avec certaine semence, sans prendre d’autre nourriture ; encore arrive-t-il qu’ils n’en ont pas tous les ans, car lorsque ces fruits poussent une année ils ne viennent pas la suivante. Ces noix sont aussi grosses que celles de Galice ; mais les arbres qui sont très nombreux, s’élèvent beaucoup plus haut que nos noyers.

 

  Un Indien me dit que les chrétiens étaient arrivés, que si je voulais les voir il fallait m’échapper et gagner un endroit de la forêt qu’il m’indiqua, que lui-même et plusieurs de ses parents devaient aller voir ces Indiens, et qu’il m’emmènerait avec lui pour visiter mes compatriotes : je me confiai à eux, et je résolus de partir. Ces naturels étaient d’une autre nation que ceux qui nous gardaient. J’exécutai donc ce projet ; le lendemain ils me trouvèrent au rendez-vous indiqué, et ils m’emmenèrent. Aussitôt que je fus près du lieu où les Indiens s’arrêtent ordinairement, Andrès Dorantes vint voir qui j’étais, les Indiens l’avaient prévenu qu’un chrétien arrivait.

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Droit de réponse

Auteur : zOrel

  Il y a quelques jours, une vidéo sortait sur le net montrant un homme criant des remarques désobligeantes et irrespectueuses à une agente SNCF portant notamment sur leurs salaires respectifs. Je vous laisse la visionner si ce bref résumé ne vous dit rien :

 

 

  Je vous propose ci-dessous mon droit de réponse. Car en insultant cette femme qui n’avait pourtant rien demandé, cet homme s’en prend à tous les bas-salaires, tous les smicards, tous les chômeurs de notre société. Nous avons donc bien le droit d’invoquer notre droit de réponse, non ?

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Bonjour à tous,

  Un petit mot, pour vous dire que je fais une pause cette semaine. J’ai un petit quelque-chose auquel j’aimerais me consacrer pour reflets, et cela va me prendre du temps. Temps qui ne sera, donc, pas consacré à l’écriture de choses et d’autres pour ici.

 

  Mais, car il y a un mais, j’ai profité de l’occasion pour solliciter deux contributeurs, dont vous verrez les papiers apparaître aujourd’hui et vendredi. Je me fais remplacer, donc :)

 

  Voilà, sinon, j’ai pu ajouter quelques petites choses ces derniers temps, comme un lien « au hasard », ainsi qu’une interface de connexion. J’étoffe, petit à petit. Je projette diverses choses pour plus tard, mais j’aurai l’occasion d’en reparler.

 

Bon, je vous laisse jusqu’à lundi prochain. Bonne semaine, et soyez sages !

;)

L’hygiène du Boucher – Tchouang Tseu

J’en parlais suite au papier intitulé « Mémoire antiques ». Selon l’interprétation, on peut lier cela à une mémoire pratique (procédurale), ou à d’autres choses.

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  Le cuisinier Ting était en train de dépecer un bœuf pour le prince Wen-houei. Wouah ! il empoignait de la main l’animal, le retenait de l’épaule et, les jambes arc-boutées, l’immobilisait du genou. Wooh ! le couteau frappait en cadence comme s’il eût accompagné la grande pantomime rituelle de la Forêt des mûriers ou l’hymne solennel de la Tête de lynx.

 

- Admirable ! s’exclama le prince en contemplant ce spectacle, je n’aurais jamais cru que l’on pût atteindre pareille virtuosité !

 

- Vous savez, ce qui m’intéresse, ce n’est pas tant l’habileté technique que l’être intime des choses. Lorsque j’ai commencé à exercer j’avais tout le bœuf devant moi. Trois ans plus tard, je ne percevais plus que les éléments essentiels, désormais j’en ai une appréhension intuitive et non pas visuelle. Mes sens n’interviennent plus. L’esprit agit comme il l’entend et suit de lui-même les linéaments du bœuf. Lorsque ma lame tranche et sépare, elle suit les fentes et les interstices qui se présentent, ne touchant ni aux veines ni aux tendons, ni à l’enveloppe des os ni bien entendu à l’os lui-même.

  Les bons cuisiniers doivent changer de couteau chaque année parce qu’ils taillent dans la chair. Le commun des cuisiniers en change tous les mois parce qu’il charcute au petit bonheur. Moi, après dix-neuf ans de bons et loyaux services, mon couteau est comme neuf. Je sais déceler les interstices et, le fil de ma  lame n’ayant pratiquement pas d’épaisseur, j’y trouve l’espace suffisant pour la faire évoluer. Quand je rencontre une articulation, je repère l’endroit difficile, je le fixe du regard et, précautionneusement, je découpe. Sous l’action délicate de la lame, les parties se séparent avec un bruissement léger comme de la terre qu’on déposerait sur le sol. Mon couteau à la main,  je me redresse, je regarde autour de moi, amusé et satisfait. Après avoir nettoyé la lame, je la remets au fourreau.

 

- Merveilleux ! s’écria le prince, je viens enfin de saisir l’art de nourrir sa vie !

 

 

Source : Tchouang Tseu, Les Œuvres de Maître Tchouang, Traduction de Jean Lévi, Ed. de l’Encyclopédie des Nuisances (2006)

ActaSong

Comme je n’ai pas vraiment le temps de vous écrire quelque chose, voilà à la place une petite musique trouvée sur l’Internet.

(ce n’est plus/pas encore la fête de la musique, mais bon, passons)

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Relation et naufrages – XVI

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CHAPITRE XVI.

 

 

Les chrétiens quittent l’île de Malhado.

 

  Quand Dorantes et Castillo revinrent dans l’île, ils réunirent tous les chrétiens qui étaient assez dispersés : ils se trouvaient au nombre de quatorze. J’ai déjà dit que je restais de l’autre côté sur la terre ferme où les Indiens m’avaient emmené. J’étais si malade que je n’avais plus d’espoir d’en réchapper: cette idée seule aurait suffi pour m’entraîner au tombeau.

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Proudhon à Notre-Dame-des-Landes

  Avertissement préalable : je ne connais la situation à Notre-Dame-Des-Lande qu’en surface, aussi il me manque peut-être des subtilités. De même, je ne suis pas (encore) un spécialiste de la pensée de Proudhon, mais j’espère tout de même la restituer correctement.

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Mise à jour du 7 novembre : on m’a communiqué, et j’ai lu un certain nombre de choses intéressantes, je vous y renvoie donc :

Ce qu’il faut savoir de l’ACIPA, Association Citoyenne Intercommunale des Populations concernées par le projet d’Aéroport de Notre Dame des Landes.

Des Hackers atterrissent à Notre-Dame-des-Landes, article du site Owni.

Un (bref) article du Monde de ce jour (le 7 juillet, donc).

Le blog Breizh Journal, où l’on suit de près les événements et leurs enjeux.

Ah, et Stéphane Hessel (entre autres) soutient le mouvement. Un allié de poids !

 

Les précautions étant prises, nous pouvons commencer.

 

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  Pour la petite histoire, j’ai acquis récemment un livre (posthume) de Pierre-Joseph Proudhon, intitulé « Théorie de la propriété ». Ce livre, dit-on, synthétise ses travaux sur la notion et ses problèmes. Avant cela, si vous voulez en savoir plus sur Proudhon, je vous invite à lire cet article, qui donne déjà un bon aperçu du personnage, et de son œuvre.

 

  Cela fait également quelques semaines que j’entends parler de Notre-Dame-des-Landes. Un bref rappel des faits : il s’agit du projet d’un aéroport international (« du Grand Ouest »), dont le lieu d’implantation serait (sera ? est ?) le village en question. Cela soulève beaucoup de questions, quant à l’utilité de l’aéroport, son impact sur l’environnement, sur les lieux alentours – car il faudra bien le relier au reste du monde, d’où projets de voie ferrées, routes, autoroutes… Cela a mené (via bien des contorsions juridiques) à l’expropriation des habitants. Parmi ceux-ci, des opposants de toujours au projet d’aéroport, qui se trouvent donc réduit à « squatter » les maisons qu’ils habitaient il y a peu. Cela, en dépit de l’intervention des forces de l’ordre (opération César, nom sinistrement choisi par ailleurs) depuis début octobre.

  Là aussi, pour en savoir plus, l’article de Wikipédia me semble correct. Et le site des opposants donne un point de vue plus tranché sur la chose.

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Dissonance cognitive, information, pouvoirs

Certain Renard gascon, d’autres disent normand,
Mourant presque de faim, vit au haut  d’une treille
Des raisins mûrs apparemment ,
Et couverts d’une peau vermeille.
Le Galand en eut fait volontiers un repas ;
Mais comme il n’y pouvait point atteindre :
Ils sont trop verts, dit-il, et bons pour des goujats.
Fit-il pas mieux que de se plaindre?

 

  Une bonne introduction, je trouve, au concept de dissonance cognitive et à la manière dont on la surmonte. Ici, la dissonance a lieu lorsque notre Renard ne peut obtenir ce qu’il souhaite. De manière générale, on parlera de dissonance cognitive lorsqu’une personne se trouve face à deux visions du monde incompatibles entre elles : « je veux manger ce raisin » et « je ne peux pas le manger ».

 

  C’est un phénomène très intéressant en soi, mais plus intéressante encore est la manière dont il est traité, et résolu. Il s’avère que la situation est si peu confortable qu’elle ne dure pas, et que l’on fait – inconsciemment ou pas – en sorte que la contradiction disparaisse. On change d’avis, on prétend que le paradoxe ne s’est jamais posé… La liste est longue. Ainsi, Renard n’aura vu, finalement, que des raisins trop verts.

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Relation et naufrages – XV

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CHAPITRE XV.

 

Ce qui nous arriva au village del Malhado.

 

  Dans cette île dont j’ai parlé, ils voulurent faire de nous des médecins sans nous examiner et sans nous demander nos diplômes. Ils ont l’habitude de guérir les malades en soufflant sur eux. Ils croient chasser la maladie au moyen de ce souffle et d’un signe : ils nous demandèrent de leur rendre ce service : nous nous prîmes à rire, en disant que c’était une plaisanterie , et que nous ne savions pas guérir de cette façon. Alors ils cessèrent de nous donner des vivres jusqu’à ce que nous les eussions satisfaits.

 

  Voyant notre obstination, un Indien me dit que je ne savais pas ce que je disais, en prétendant que cela ne servait à rien ; qu’il n’ignorait pas, lui, que les pierres et les autres choses que la terre produit ont des vertus qui leur sont propres : qu’une pierre chaude que l’on applique sur l’estomac enlève la douleur, que par conséquent nous, qui étions des hommes, nous devions avoir bien plus de vertu. Enfin le besoin nous pressa tellement, que nous fûmes obligés de les satisfaire, car ils ne nous auraient pas cédé.

 

  Quand ils sont malades, ils envoient chercher le médecin, et lorsque cet homme les a guéris, non seulement ils lui donnent tout ce qu’ils possèdent, mais ils se procurent tout ce qu’ils peuvent chez leurs parents. Le médecin leur fait des scarifications à l’endroit douloureux, et il suce tout autour de ces coupures. Ils cautérisent aussi avec le feu, et ils considèrent ce moyen comme un grand spécifique : moi-même je l’ai éprouvé, et cela m’a fait grand bien. Ils soufflent ensuite sur l’endroit malade, et ils pensent que cela chasse le mal.

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Vers de Saadi

  Quelques écrits perses aujourd’hui, avec Saadi, poète du XIII° siècle. Vous trouverez une biographie plutôt complète ici. Voilà, j’ai voulu changer un peu des écrits habituels…

 

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Les hommes sont les membres d’un même corps,

 

ils furent créés à partir de la même essence.

 

 

Si le destin venait à faire souffrir l’un d’eux,

 

les autres membres ne connaitraient pas le repos.

 

 

Toi que le malheur des autres laisse indifférent,

 

tu ne mérites pas d’être appelé Homme.

 

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