Réflexions sur le numérique

  Ça fait quelques temps que je voulais vous parler un peu de société numérique… voilà à quoi ont abouti mes réflexions :

  Une petite uchronie pour commencer:

  Début du XX° siècle. Suites aux avancées scientifiques et techniques du siècle précédent, l’automobile entre autre technologies s’est développée, et apparaît apte à jouer à l’avenir un rôle important dans les transports. Certains parlent déjà d’une révolution pour la vie du citoyen moderne.

  Un obstacle cependant : le lobby des constructeurs et loueurs de calèche: Ceux-ci s’inquiètent pour leur quasi-monopole dans le domaine des transports et ce, à juste titre. En effet ce phénomène nouveau qu’est l’automobile pourrait, sans autre sommation, court-circuiter le système et inciter le consommateur à acheter la sienne propre, sans intermédiaire supplémentaire.

  Après quelques réunions discrètes, les constructeur de calèche se décident : il faut empêcher ça, quel qu’en soit le moyen ! Libre à chacun d’employer ce qu’il jugera nécessaire. Commence alors une vaste campagne de calomnie envers l’automobile: ce sont des fous dangereux, leurs machines sont bruyantes, incontrôlables, encombrantes : en fait ces gens nous volent la route, à nous simples cochers, et en plus elles effraient les chevaux. C’est intolérable ! Il faut instaurer un contrôle de chaque route, afin qu’aucun automobiliste ne puisse dépasser la vitesse (déjà grande) de 20 km/h, et un officier de la maréchaussée doit occuper chaque point de ravitaillement en carburant, par sécurité pour les usagers réguliers. De par leurs nombreux appuis économiques, le lobby des constructeurs et loueurs de calèche obtient d’abord un assentiment timide de quelques personnes en position de pouvoir, puis, les années et les élections se succédant, la question de l’industrie des transports de l’individu deviendra un argument politique à côté de l’emploi, de la famille, de la patrie… jusqu’au jour où, un dirigeant rétrograde arriva au pouvoir.
  Fin de l’histoire.
Regardons où nous en sommes : heureusement, nos ancêtres n’étaient pas si stupide que cela, l’automobile a pris la place qui lui revenait. Maintenant, tentons l’analogie avec ce qu’il se passe de nos jours dans l’industrie numérique, et en particulier celle du disque, supposons donc que :

  • L’on soit au début du XXI° siècle, non du précédent,
  • L’industrie du disque corresponde à l’industrie des constructeurs et loueurs de  calèche,
  • L’automobile représente la culture numérique (à savoir, l’ensemble des objets culturels numérisés : musique, films, œuvres d’art…).

  Le ridicule de la situation saute aux yeux, non ? Le concept reste strictement (et tristement) le même : une industrie déclinante tente de sauver sa peau en discréditant ce qui la menace, et de manière efficace à l’aide de l’influence acquise auprès des politiques (lobbies, et autres clowns), à tel point que ce n’est plus les politiques qui ont de l’influence sur l’industrie en question, mais cette dernière qui suggère très fortement (voire dicte) les prochaines lois.

  Bilan : des lois qui, si elles ont un sens, n’a aucun débouché technique plausible (Hadopi, un succès ? Le Net, sûr ?) et ridiculise encore nos instances dirigeantes (exercice qu’elles pratiquent bien, avouons-le). Même si ce genre de loi est abrogée, le mal sera fait : nos politiques, qui vieillissaient tranquillement derrière leur bureau, se sont rendus compte du potentiel de l’Internet, tant en terme de culture que de propagation d’idée. Et cela leur a donné un avant-goût d’un contrôle (même partiel, même superficiel) de la Toile. Dès lors, est-il réellement possible qu’ils oublient cette ombre de possibilité de contrôle ? Ou alors, ils tenteront d’adapter ce qui a été fait à d’autres fins : la technologie permettant ces contrôles reste la même, seul le contenu change, et ce contenu est (sera ?) à la discrétion de notre Mère Patrie, bien entendu. Sécurité nationale, pédopornographie, piratage/partage  seront la partie émergée de l’iceberg, mais on perdra l’ accès à des sites du type Wikileaks et affiliés, qui –notamment– ne sont pas du goût de nos bien-aimés décideurs.

  Nous avons donc d’un côté un gouvernement désireux de contrôler le Web à l’intérieur de ses frontières (ce qui est légitime vis-à-vis de ses intérêts, pas vis-à-vis de ses propres citoyens), et d’un autre côté ces citoyens qui ne seraient pas un instant dupes d’une censure
officielle de la part du pouvoir, surtout si la liste de censure n’est pas publique. Une solution consensuelle serait peut-être d’adopter une censure, mais que la loi rende publique tout ce qui y touche, surtout la fameuse liste noire. Une autre serait de n’avoir pas une censure radicale, mais qui serve de « tampon », par exemple une page estampillée République Française signalant que « ce site peut-être dangereux et nuire à la santé, son contenu est par ailleurs illégal en France »… Les solutions existent, et c’est visiblement à nous de les chercher, avant d’être mis devant le fait accompli (à la faveur d’un vote de nuit à l’Assemblée Nationale, par exemple).

  Conclusion : d’une part nos ancêtres étaient plus intelligents que nous, d’autre part ce n’est pas en restant chacun campé sur sa position que les choses avanceront. En tout cas pas dans le bon sens.

  Ceci dit, comme nos bien-aimés dirigeants ont d’autres préoccupations en ce moment (à savoir, sauver leurs fesses et leur poste) ils se tiendront peut-être tranquilles quelques temps…

Tagged , , , , , .Bookmark the permalink.

3 réponses à Réflexions sur le numérique

  1. Victor :

    Bonjour

    Votre site est passionnant.
    Je m’y plonge dès que j’ai un peu de temps.

    Amicalement

  2. Alain Ternaute :

    Comme histoire semblable, il y a la Pétition des Marchands de Chandelles de Frédéric Bastiat. :)
    http://fr.wikipedia.org/wiki/P%C3%A9tition_des_fabricants_de_chandelles

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

Anti-Spam Quiz: